Autour d'un thé : Bêtises

30 April, 2020 - 01:22

Il est bien effectif que nul n'est infaillible. Cette très vieille sentence ne cessa de servir, au fil des âges, de belle excuse pour se dédouaner de bourdes souvent inconvenantes et à la limite très provocatrices. Feu Robert Mugabé en raffolait et en débitait en veux-tu en voilà. Le très encore vivant Trump en produit à la seconde. Notable différence cependant entre ces deux ânes. Autant les déclarations du premier faisait sourire, autant les conneries du second donnent envie de gerber... Normal : ignorance plus arrogance plus insolence ne peuvent produire que des sottises et balivernes honteusement déclamées sans foi ni loi, ni gêne ni égard. Comme quoi dire des inepties et des incongruités n'est pas l'apanage des gens ordinaires. D'ailleurs, il y a une règle immuable dans l’immense bêtisier des humains : plus on est « grand », plus la bourde est grosse. Et, comme partout, tout le monde chez nous fait des bêtises. Présidents et ministres compris. De Maouiya à maintenant, nos milliers de ministres en ont tellement commises qu'on ne sait plus qui y fut le meilleur. Certains en sont morts. D'autres complètement tombés dans l'anonymat. D'autres encore en l'hérésie, n'attendant plus que de mourir pour se rendre directement en Enfer. Trump demande de vacciner les gens avec des désinfectants, un ministre musulman parle de transformer les mosquées en boulangeries : c'est qui le champion ? À qui le plus grand bêtisier ? Qui doit jalouser qui ? Maintenant qu’en plein confinement général, tant de gens ne savent pas comment s’y prendre pour « couper » le jeûne et qu’un ministre des Affaires islamiques « nous » revienne sur cette histoire de référence aux sources pour justifier certaines mesures barrières visant à éviter la propagation du coronavirus... Anciennement, dans notre société – vraiment celle de ce ministre-là – on disait que « celui dont et à qui le père a laissé une fatigue doit se la fatiguer ». Un appel formel à ce que chacun reste à sa place. Suivant ses attaches sociales. Non, non, ce n'est pas de la stratification sociétale. Ce n'est pas que toi tu sois mieux que moi ou que moi je sois mieux que toi. Non : c'est juste « ne sautez pas sur nous » et l’on ne « saute pas sur vous ». Que les gens du fusil restent avec leur fusil. Ainsi de suite : les gens des tablettes, les gens des gourdins, les gens des enclumes, les gens des tidinits... Moi, je suis vraiment frustré. Les fils des marabouts restent des marabouts. Les autres restent les autres. Les esclaves restent les esclaves. Quelle connerie tout ça ! Et attention, tout ça en direct, s'il vous plaît ! C'est tout simplement du relais 4x400, on passe le témoin à son vis-à-vis. Oh la la les bêtises... Un autre ex-ministre disait que tout le monde ne doit pas aller à l'école. Pourquoi ? Tenez vous bien : selon ce piètre responsable, « il faut bien que certains restent pour effectuer les autres travaux ». Entendez : le thé, la vaisselle, le couscous, le tajine... je suis consterné. Heureusement que ce n'est pas cela. Sinon, moi, où allais-je être ? En tout cas, pas à me défoncer le crâne pour pondre « Autour d'un thé ». Les fils des « Toujours debout » ne seront rien que des « toujours debout ». Ceux des paysans, que des paysans. Ceux des instituteurs, des instituteurs. Des vendeurs de fripes, des vendeurs de fripes ; et des chauffeurs, des chauffeurs. Mais où va-t-on en ce pays de bêtises récurrentes ? Des bourdes mortelles que leurs auteurs émettent comme si de rien n'était et s’en sortent itou. Paraissant et réapparaissant le lendemain, mine de rien, en donneur de leçons. Une bêtise supplémentaire... Salut.

Sneiba El Kory