Autour d’un thé : Ancien président

3 September, 2020 - 00:11

Ainsi parlait Zarathoustra. Ainsi a parlé un certain ex-Président. Devenu un homme ordinaire. Alors qu’il était un véritable superman. Un homme extraordinaire. Comme il l’a dit lui-même : « personne ne pouvait parler ». Ha ça oui : personne ! Maintenant, tout le monde caquète. Mais lorsque j’étais Président, c’était le garde-à-vous des civils et des militaires. C’était « le chef a toujours raison ». Maintenant et comme dit l’adage « Celui qui vieillit a honte », on peut tout dire. On peut même tout faire. Y compris conduire un ancien président comme un malfrat à la police pour se faire piquer par des moustiques de l’opposition et se faire humilier par des flics dont les chefs des chefs n’osaient pas Le regarder ! Eywe, c’est comme ça la vie : Un jour pour toi et un jour « sur » toi ! Dans sa conférence, on a découvert un Président angélique profondément attaché au peuple. Un pauvre peuple dont personne ne se soucie. Pas même ceux qu’il a élus. Les députés qui se permettent de ne penser qu’à « leur tête » en s’augmentant les salaires. Et puis « celui qui n’a pas quelque chose ne peut pas le donner ». Moi, Mohamed ould Abdel Aziz, Ancien Président de la République, Ancien Commandeur des croyants, Ancien Général, Ancien Putschiste in fine, Ancien Commandant du feu BASEP (Ndeyssan), Nouvel Homme Politique reconverti Unioniste Social-Démocrate. Moi, je ne suis pas le diable et n’y ressemble même pas. Mon argent, mes biens, ce que j’ai ? Mais, eux, ils savent d’où ça vient ! Pas une seule ouguiya de l’argent public. Allah est bon : Il donne à qui Il veut et prive qui Il veut. Je n’ai pas été commerçant. Je n’ai pas reçu de commissions. Je n’ai pas détourné. Qui vous dit que je n’ai pas été charlatan ? Qui veut devenir riche, ménage son salaire. Ou comment faire pour ne pas toucher une seule ouguiya de son traitement pendant onze ans ? J’ai été un devin. Demandez à mes trois amis ce que je disais, lorsque j’étais encore au pouvoir ! Je savais que je ne pouvais pas compter sur ces gens qui allaient être les plus durs envers moi, une fois que je serai comme maintenant. J’ai décapité les sénateurs. J’aurais dû le faire avec tous les députés, d’un même couteau ! Comme ça, il n’y aurait pas eu, aujourd’hui, ni commission, ni rapport, ni enquête. Comme ça, les experts internationaux de la CEP et les avocats français de l’ex-Président diabolisé n’auraient rien eu à faire. Tentative de coup d’État, affaires Senoussi, Omar El Yémeni et quoi encore ? Heureusement qu’en cette soirée Allah a « pris sur la bouche » des journalistes ! Sinon, ils seraient encore entrés dans des choses qui ne les concernent pas et me demander qu’est-ce que j’étais allé faire à Toueïla, en cette maudite soirée, et ce qui était vraiment arrivé… La Mauritanie existe depuis soixante ans. Elle eut d’abord dix-huit ans. Puis vingt-et-un de plus. Suivis de dix-neuf mois puis encore quinze mois. Et encore quatre mois, trois ans et quelques mois, un an et quelques mois. Avec des immeubles « tout ronds » cédés contre « une ouguiya symbolique », des banques concédées, des hommes et femmes d’affaires fabriqués, des flottes complaisamment offertes, des scandales, des conspirations, des assassinats…. Et enfin une année d’un nouveau mandat, forte d’un fleurissement sans précédent de la gabegie et du retour de ses promoteurs aux affaires. Mais on ne voit que Moi et mes proches : Un petit gosse ici, une femme là-bas…Mais pourquoi tourner ? Celui qui veut aller vers Allah n’a qu’à y aller directement. Un ex-Président, c’est quelque chose. Ce n’est pas que Moi je suis Moi. Non, c’est parce que Moi, je respecte la Constitution et les lois. Je refuse qu’on dévalorise le statut de Président. Un ex-Président, ce n’est pas un citoyen ordinaire. C’est un Ancien Président. À qui l’on peut tout demander. Absolument tout. Sauf l’origine de sa fortune. En cela, un ex-Président et les journalistes n’ont pas à se raconter de secrets. Un ex-Président africain riche, c’est la règle. Autrement, c’est l’exception qui ne fait que la confirmer. Salut.

Sneiba El Kory