Réaction à un article de D L sur l’unité nationale : La "composante noire" ou le fractionnement de l’ensemble Beydane

25 December, 2014 - 08:51

Dans un article intitulé  "Unité nationale : en parler nécessairement",  paru dans la dernière livraison du Journal Le Calame,  sous la signature d’un certain D L, on a semblé être allé vite en besogne en décrétant de façon un peu cavalière que la composante noire de Mauritanie regroupe les ethnies négros-mauritaniennes et les Haratines. Manière déguisée de dire que les Haratines appartiennent au même camp que les compatriotes poular, soninkés et ouolof. Ce qui est non seulement fantaisiste mais aussi, quelque part,  un peu suspect.  D’abord si cette affirmation était une vérité établie, l’auteur de l’article n’aurait pas eu besoin de faire la précision sur les groupes formant cette composante. Il se serait arrêté à l’expression " composante noire " sans avoir besoin de dire de quoi ou de qui est-elle formée. Il  est vrai, à la décharge de l’auteur de l’article,  que les Haratines, comme d’ailleurs une bonne partie des Beydanes de souche, sont de couleur noire.  Mais est-ce une raison suffisante de les loger à la même enseigne que les frères poular, soninkés ou ouolof  qui n’ont de cesse de revendiquer leurs différences ? 

En tout cas, pour moi, le fait maintenant de  regrouper, pour la première fois dans l’Histoire, ces  composantes dans un seul et même ensemble doit répondre à un besoin et cibler un objectif déterminé. D’autant que les mouvements extrémistes et racistes se montrent, depuis un certain temps, très solidaires des Haratines et se font le devoir de dénoncer  les pratiques esclavagistes en milieu beydane, pratiques qui pourtant existent  bel et bien en milieux poular et soninké et que nos champions du moment semblent tolérer. 

Pourquoi ce regain d’intérêt pour la composante Haratines ? Pourquoi, qu’est ce qui justifie cette compassion sélective pour les Haratines ?  Qu’est ce qu’il y a qu’on mijote de ce côté-là pour qu’on en vienne à sceller une nouvelle alliance avec un groupe pour lequel on ne vouait, il y a si peu de temps, que du mépris, voire de la haine ? Il doit sans doute y avoir une raison à tout cela.

C’est cela qui amène une bonne part de l’opinion à redouter qu’il n’y ait des desseins inavoués derrière tout ça. Pourquoi certains parmi nos frères négros-mauritaniens tiennent-ils à fractionner la composante beydane ? Pourquoi tiennent-ils à lui soustraire les Haratines ? Pourquoi certains milieux noirs qualifiés à tort ou à raison d’"extrémistes" et de "racistes" font-ils feu de tout bois pour semer encore plus de  division dans les rangs de ce pauvre peuple et n’hésitent pas à pécher en commettant ce qui peut être assimilé à une incitation à la haine des races ? Pourquoi toutes ces levées de boucliers dès que des revendications sont exprimées ici ou là par l’une ou l’autre des multiples organisations se réclamant des Haratines ? Pourquoi cette compassion sélective qui fait que nos frères négro-mauritaniens dénoncent avec véhémence l'esclavage en milieu beydane et n’en parlent jamais lorsqu’il s’agit des milieux poular et soninké où ce phénomène est pourtant beaucoup plus prégnant? Pourquoi, pourquoi tout ça ? Est-ce que, sérieusement, ça ne trahit pas une folle intension d’affûter encore une fois les armes des dissensions et des conflits ? Est-ce que, pour servir cette funeste cause, on  n’est pas en face d’une stratégie visant le fractionnement de la communauté beydane ? Si c’est réellement le cas, D L ne devrait pas, lui en tout cas, y participer.

Quoiqu’il en soit, il y a déjà des voix qui s’élèvent pour dénoncer cette stratégie. Ainsi, l’éminent professeur Ely Ould Sneiba  a écrit dans une brillante réaction postée récemment sur Facebook : "Vous ne comprenez pas la stratégie des nationalistes Negro-mauritaniens. D’abord, éclater l’ensemble arabe en plusieurs morceaux : Arabes, Berbères, Haratines. Ensuite, prendre les Haratines vers eux parce qu’ils sont noirs de peau et créer une majorité démographique. Une fois cela fait, ils comptent dans un premier temps  "bâtardiser" le peuplement arabophone mauritanien et, dans un second temps, engager le processus de désarabisation du pays afin de le maitriser.." 

Troublant, non ? D’autant mieux que l’action des groupes extrémistes et racistes négro-mauritaniens font ouvertement la cour aux segments extrémistes haratines et essayent à tout bout de champ de s’approprier leur  message tournant autour de  certaines expressions comme celles largement relayées par D L dans son article comme "l’Etat raciste et esclavagiste tenu par les Beydanes",  "marginalisation de la majorité noire ", "dynamique unitaire des marginalisés", etc..

Cette convergence manifeste de l’ensemble des segments racistes négro-mauritaniens et leur collusion avec certains milieux aigris participent de cette stratégie.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’il aurait été plus sain que tous les patriotes, surtout ceux qui n’ont pas d’arrière-pensées ni de desseins inavoués, s’investissent dans la recherche de l’unité de l’ensemble de composantes de notre peuple et pas seulement dans l’unité d’un seul segment. Sur des bases … épidermiques.

Ely Ould Abdellah