Tentative de dialogue et blocages en tous genres : Mission impossible

29 January, 2015 - 00:10

Comme attendu depuis quelques jours, le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU) a fait connaître au pouvoir sa réponse à la proposition de dialogue. Le dimanche précédent, le Premier ministre Yahya ould Hademine avait remis, à Mohamed Vall ould Bellal, secrétaire exécutif du FNDU, un document contenant des points susceptibles d’être discutés, entre les différentes parties, afin de trouver des solutions consensuelles à la tension politique que vit le pays depuis août 2008.

Dans son document, le pouvoir énonçait, entre autres, l’organisation d’élections municipales, législatives et présidentielle éventuellement anticipées, la neutralité de l’administration et de l’armée, dans les compétitions électorales et le champ politique, la refonte des institutions chargées de l’organisation des élections, et la modification de la limite d’âge des candidats à la présidentielle…

Dans sa réponse, en deux volets, le FNDU reste très prudent, tout en réaffirmant sa disposition au dialogue. Certains de ses leaders ne cachent pas leur scepticisme ; les différentes tentatives avortées  de dialogue avec le pouvoir ne sont manifestement pas digérées complétement, quand elles ne restent pas carrément en travers de la gorge. Aussi l’opposition cherche-t-elle s’assurer de véritables garanties pour le succès du dialogue, comme, notamment, un gouvernement d’union.

Si le premier volet évoque la position du forum sur la question générale, c’est-à-dire : aller à un dialogue franc et sincère et non à un leurre préélectoral, comme à chaque « veille de scrutin », le deuxième document liste une feuille précise de route. En fait, le FNDU a, tout simplement, dépoussiéré son ancienne plate-forme qui devait être discutée, en octobre dernier, c’est-à-dire à quelques jours des élections municipales et législatives.

Pour le FNDU, le dialogue doit porter, d’abord, sur toutes les questions nationales et sur les conditions de transparence des élections. Pour lui garantir un espoir de tenue et de succès, la discussion devra faire participer tous les acteurs, dans la plus large concertation possible, après une bonne préparation, impérative à « l’instauration et l’ancrage du sérieux, de la crédibilité et de la confiance entre les parties, afin d’éviter les erreurs du passé », peut-on lire dans le document. Vaste programme...

 

Et revoilà le gouvernement d’union !

Tout en saisissant l’offre de dialogue du pouvoir, le FNDU estime qu’il est pendant à un certain nombre de préalables, pour ne pas dire conditions à surmonter. Et parmi celles-ci, une seule incontournable : la formation d’un gouvernement d’union, dont le rôle sera de piloter l’ensemble des élections. Le dialogue semble donc mal engagé. On verrait mal, en effet, le président Mohamed ould Abdel Aziz, jusqu’ici intransigeant sur cette revendication, accepter, aujourd’hui, de partager le pouvoir, ne serait-ce que durant quarante-cinq jours, avec son opposition. Rien ne semble l’y obliger et l’expérience de 2009, après l’accord de Dakar, a d’ailleurs prouvé que cet attelage ne garantit pas, forcément, des élections transparentes.

Le FNDU demande, également, que le président de la République, chef suprême des armées, interdise, solennellement, aux forces armées et de sécurité de faire de la politique, ainsi qu’un engagement formel de neutralité des chefs militaires et de sécurité, le plafonnement  des budgets de campagne et la participation de tous les acteurs politiques à l’élaboration des listes électorales. Et, si les deux parties, pouvoir et FNDU, semblent d’accord sur le principe et les fondamentaux –reprise des élections, neutralité de l’armée et de l’administration, refonte de la CENI et du Conseil constitutionnel, ainsi que de divers autres points discutables, susceptibles de faire consensus, et  qui ont toujours constitué des revendications de l’opposition – les deux parties divergent  sur un certain nombre de sujets et non des moindres.

 

Retour à la case départ ou l’art du surplace

Le FNDU semble placer la barre très haut, pour engager le dialogue avec le pouvoir. S’agit-il d’une stratégie ou d’un refus presque politique de refuser la main tendue ? La question mérite d’être posée. La formation  d‘un gouvernement d’union, point de fixation de l’opposition, risque de braquer le pouvoir qui dispose de la majorité au Parlement et dont le président a été élu par la majorité des Mauritaniens, même si onze partis de la COD, ancêtre du FNDU, avaient appelé au boycott des élections et contestent cette légitimité.

Autre point de divergence et sur lequel le FNDU devrait tenir au mot le pouvoir, c’est, sans doute, la neutralité de l’administration et de l’armée, l’usage des biens publics…. Il n’est un secret pour personne que ce sont là deux piliers qui font basculer  les élections, avec les pressions, chantages et argent. Comment faire pour que ces deux institutions restent neutres, sans subir des foudres du gouvernement et de la hiérarchie militaire ? L’opposition doit se battre sur ces points. Enfin, le FNDU n’a pipé mot sur la suppression de la limite de l’âge des candidats à l’élection présidentielle. L’offre du pouvoir cacherait-elle d’autres marchandages ? Car si Ahmed ould Daddah, le président en exercice du FNDU, qui ne pouvait se présenter à la prochaine présidentielle, à cause de son âge, se retrouverait virtuellement en position de candidat, le caractère anticipée de celle-là pourrait également profiter au président actuel de la République actuel qui, en remettant en jeu son mandat avant terme, n’accomplirait donc pas les deux mandats successifs que lui autorise la Constitution, s’offrant, ainsi, la possibilité de rester au-delà de 2019.

Rappelons que, depuis le renversement du président démocratiquement élu, Sidi ould Cheikh Abdallah, en août 2008, le pouvoir de Mohamed ould Abdel Aziz et l’opposition peinent à solder ce contentieux. Le FNDD de l’époque, après avoir été roulé dans la farine, par l’Accord de Dakar, continue à se méfier du pouvoir qui ne cesse, en retour, de mépriser une partie de son opposition. D’où les énormes difficultés à nouer un dialogue « franc et sincère ». L’autre point sur lequel le FNDU doit mettre l’accent, c’est la mise en œuvre de ce qui sortirait de ce dialogue. La Communauté internationale, qui avait parrainé celui de Dakar, s’éclipsa dès la proclamation des résultats de la présidentielle de juillet 2009 et plusieurs points de l’accord de 2011 sont restés sans application. Voilà pourquoi les deux parties doivent s’engager, solennellement, devant le peuple mauritanien, à respecter et appliquer l’ensemble de ce qui pourrait être convenu.

 

Voici la feuille de route du FNDU remis au PM

Un gouvernement de consensus, disposant de vastes prérogatives lui permettant de respecter et de faire respecter les lois de la République ; les institutions de supervision des élections (Conseil constitutionnel, Agence des documents sécurisés, Directions du ministère de l’Intérieur et de la décentralisation en rapport avec les élections) doivent être refondées et leurs responsables jouir de la confiance de tous ; neutralité de l’administration, grâce à l’élaboration d’une nouvelle loi garantissant la restauration de l’autorité de l’Etat et l’interdiction de l’usage de l’argent public en politique, la révision des budgets de campagnes électorales et leur plafonnage, un communiqué officiel du Président, chef général des forces armées, interdisant, à toutes les forces armées et de sécurité, de faire la politique, le vote militaire en même temps que les civils, l’engagement, public, des hauts responsables militaires de rester en dehors du jeu politique, contribuant à l’émergence d’une armée véritablement républicaine et, enfin, la participation de tous les acteurs politiques à l’élaboration de la liste électorale.

Dalay Lam