Aboubacar Soumaré , candidat de l’AFCD à la mairie de Sebkha : ‘’Les mauritaniens ont besoin de sincérité politique et dans les faits. Ce n’est plus vraiment une question de partis politiques. C’est une question d’hommes’’

6 September, 2018 - 02:27

Le Calame :  Les électeurs de Sebkha ont voté, le 1er septembre. En tant que candidat, comment avez-vous vécu cette journée au niveau de votrencommune ?

 

Aboubacar Soumaré : Assalam 3aleykoum. Je tiens en mon nom personnel et en celui du parti de l’AFCD (Avant-garde des Forces de Changement Démocratique) à remercier tous les habitants de la commune de Sebkha pour l’accueil qu’ils nous ont fait et la confiance qu’ils nous ont accordée.

Cette journée électorale a été très intense. Eprouvante pour les électeurs qui ont fait preuve de beaucoup de combativité afin de retrouver leur bureau de vote et de patience dans les files d’attente. Je tiens encore une fois à les remercier pour avoir participé avec conviction à ce processus démocratique vital pour le vivre ensemble et le bon fonctionnement de nos institutions.

Le jour du vote concentre tous les espoirs et toutes les tensions après une pré-campagne de plus de deux mois et une campagne de deux semaines pendant lesquelles nous avons opté pour une communication de proximité, faisant du porte à porte, rencontrant les citoyens chez eux et répondant sans détour s à toutes leurs questions.

J’ai passé cette journée sur le terrain avec les habitants de Sebkha et mes équipes m’impliquant à la fois dans l’opérationnel et dans la coordination. Une très belle expérience.

 

Les électeurs et leurs  candidats attendent  encore les  résultats. Et dans cette circonscription, il y avait près d’une cinquantaine de candidats. Pensez-vous  que le  jeu a été loyal ? Y’aurait-il eu de manœuvres frauduleuses, comme le pointe déjà l’opposition, en particulier, l’AEOD?

Il y a eu exactement 45 candidats aux élections municipales de Sebkha. D’après mes informations les opérations électorales en ce qui concerne les municipales à ce stade ont été plutôt loyales.

Il y a eu bien évidemment des entorses à la loi telles que :

  • des extraits de procès-verbaux non signés ou carrément non remis aux représentants des partis dans les bureaux de vote
  • des représentants de partis mandatés non admis dans les bureaux de vote sans une « intervention »
  • des représentants exclus illégalement des bureaux de vote pour contestations. Si la liberté d’expression n’est pas respectée dans un bureau de vote au moment où la démocratie s’exprime, où le sera-t-elle ?
  • et la plus grave qui m’ait été reportée et pour laquelle j’attends confirmation : une falsification assumée des chiffres dans le bureau de vote 24 de l’école 4. Comme je l’ai dit j’attends confirmation.

Ces dérives sont à mon sens plus du fait du manque d’expérience et de coopération de certains présidents de bureau de vote « dictateurs » qui ne saisissent pas le sens de la démocratie et de la liberté que d’une instruction de la CENI ou de l’Etat.

Il y a également beaucoup de rumeurs qui circulent au moment des élections. Si nous exigeons de la rigueur auprès des membres de la CENI, nous devons également en avoir quant au traitement de toutes les informations qui nous arrivent.

Je tiens ici à féliciter ceux des présidents de bureau qui ont été exemplaires, rigoureux et courtois dans la gestion des opérations électorales les concernant.

 

 

Ce scrutin aura été marqué par le un nombre élevé de bulletins nuls. Comment analysez-vous  ce phénomène ?

Le grand gagnant de ces élections est le parti « Bulletins nuls ». Plus de 2.600 nous concernant dans les municipales à Sebkha.

Ceci s’explique par :

  • le modèle de bulletin de vote et le très grand nombre de candidats. Ce n’est pas facile de retrouver son logo imprimé en tout petit dans le document au milieu de tous les autres et de cocher dans la case minuscule correspondant sans dépasser
  • les conditions d’accueil des électeurs qui sont très difficiles. Par exemple j’ai voté dans le bureau 60 de la commune de Sebkha. Le bureau a ouvert avec 4 heures de retard faute de couvercle sur les caisses électorales. L’endroit était exigu, sans lumière, il n’y avait pas d’éclairage. L’isoloir faisait moins d’un mètre carré et la toute petite table à disposition était très basse. Ce sont des conditions très défavorables à un vote serein.

L’analphabétisme également est un réel problème dans notre pays. Il faudrait dans le long terme évidemment développer l’éducation mais à court terme pour les élections plus d’assistance aux votants dans les bureaux de vote.

 

 

Pensez-vous qu’au sortir de cette élection on saura lire la carte politique et donc envisager dans la sérénité, l’échéance de 2019 ?

En ce qui concerne la commune de Sebkha, nous avons eu 46 candidats dont une candidature qui a été rejetée. Cette multiplication des partis politiques et des candidatures traduit une dissolution évidente du tissu politique.

La politique à mon sens n’est ni mensonges ni affaires. La politique est un engagement, un sacrifice, la défense de nos valeurs pour une société meilleure. La politique est une responsabilité.

Pour l’échéance 2019 les choses ont l’air un peu floues avec Monsieur le Président de la République qui s’engage à respecter la Constitution dont il est le garant et son entourage politico-administratif qui se met hors-la-loi en scandant un troisième mandat. Cette confusion qui, je l’espère, n’est pas calculée est un message extrêmement négatif envoyé à nos concitoyens à qui on doit montrer l’exemple de la légalité. Les institutions de notre pays sont souveraines et respectables. Elles ne doivent pas souffrir de telles contradictions. Si le porte-parole du gouvernement ne respecte pas la Constitution de la République Islamique de Mauritanie, pourquoi le citoyen lambda s’arrêterait-il à un feu rouge ?

Ce que je retiens en tout cas de mon expérience après ce premier tour est que les mauritaniens ont envie de s’en sortir. Le développement qu’ils réclament demande une vision, un programme, des outils de mesure d’avancement et surtout les hommes qui vont mener les actions à bien.

Les mauritaniens ont besoin de sincérité politique et dans les faits. Ce n’est plus vraiment une question de partis politiques. C’est une question d’hommes.

 

La campagne électorale aura été marquée par la très forte implication du président de la République en personne qui a appelé  ceux qui souhaitent un 3e mandat de donner une majorité écrasante à l’UPR, principal parti de la majorité présidentielle qui venait de récolter, il y a quelques mois,  près 1,2 million d’adhérents. Quels  effets  a  produit  cette  implication du président et partant l’administration ?

Dans la commune de Sebkha, les résultats provisoires me donnent très largement en tête. L’UFP et l’UPR se battent pour la 2ème place avec un petit avantage pour l’UFP et avec l’UPR qui use de tous les recours possibles à sa disposition pour inverser la tendance.

Monsieur le Président de la République doit être au-dessus des querelles de chapelles, être garant de la constitution et éviter toute autre tentation dont les conséquences seraient néfastes pour la démocratie et peuvent mettre en péril la cohésion et la stabilité sociales.

L’implication de Monsieur le Président de la République n’a pas influencé les électeurs de Sebkha pour les municipales. Cela traduit une nécessité urgente de changer de politique locale en ce qui concerne cette commune. Elle a besoin de transparence économique, d’écoles, d’infrastructures sportives, culturelles, artistiques et de santé. Elle a besoin qu’on s’occupe d’elle avec sincérité.

C’est sur le terrain du développement que nous sommes jugés par nos concitoyens.

 

Propos recueillis par  DL