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Rédacteur en chef du Calame
Ahmed OULD CHEIKH 15/05/2012
Interview (presque) imaginaire du Président Mohamed Ould Abdel Aziz:
«Une élection sans moi? Le peuple va descendre dans la rue pour me réclamer»
Le Calame: Bonjour, monsieur le Président. Par quoi voulez-vous qu’on commence: l’opposition, la politique extérieure, les affaires, les élections?
Mohamed Ould Abdel Aziz:
Comme vous voulez. Moi, je n’ai rien à cacher et, d’ailleurs, je n’aime pas trop parler aux journalistes de la presse nationale dont les voitures sont toujours en panne et surtout pas au Calame, un journal d’opposition.
- Mais nous ne sommes pas un journal d’opposition. Nous sommes, seulement, très critiques vis à vis de tous les pouvoirs, y compris du vôtre.
- Ah! Dès le départ, vous n’avez rien compris à la Rectification! (Soupir) Bon. Allez-y, quand même…
- Depuis quelques temps, l’opposition multiplie les marches et demande, à présent, votre départ. Comment réagissez-vous à cette escalade?
- L’opposition a participé au dialogue national dont les résultats commencent à être mis en oeuvre. Je ne vois pas de quelle autre opposition vous parlez.
- De la COD…
- Ah! Ces vieux qui pensent qu’en marchant, ils vont me faire partir. Moi aussi, je suis un marcheur et, même, un coureur. S’ils veulent, je peux marcher avec eux et l’on verra qui va arriver le premier.
- Mais toutes ces marches et ces sit-in peuvent fomenter le désordre…
- Quel désordre? Nos vaillantes forces armées de sécurité, auxquelles sont venus se joindre les hommes de Misgharou, les sapeurs-pompiers et les militaires retraités, feront régner l’ordre. Les civils doivent comprendre que le pouvoir, c’est fini.
- Pourquoi le parti que vous avez fondé ne fait rien pour contrer l’action de l’opposition?
- Ne me parlez, surtout pas, de ce parti! Quand je vois son président qui m’a été imposé, j’ai envie de l’étrangler. Il paraît qu’il est entrain de faire une collecte pour financer une contre-campagne mais, d’après ce qu’on m’a rapporté, ce n’est pas la grande affluence. Ils tablaient sur un milliard deux cent millions et ils ont récolté, à peine, deux cents millions. Un homme d’affaires, pourtant proche de moi, à qui l’on demandait vingt millions, en a donné cinq et un autre qui devait cracher cinq millions n’a déboursé que cinq cent mille ouguiyas. Moi, pour mes deux campagnes électorales, j’ai ramassé des milliards, sans effort, sauf, peut-être, celui de promesses.
- Pourquoi n’en donnez-vous, un peu, à votre parti?
- Jamais! Chacun pour soi. Mon argent, c’est pour moi!
- Vous ne craignez que ce qui s’est produit dans d’autres pays ait un effet contagieux sur nous?
- Quel effet? Ici, on n’a même pas de printemps et puis, qui va accepter de mourir pour ce pays? Même les militaires payés pour ça détalent, au premier coup de feu. Vous avez oublié ce qui s’est passe, le 8 juin 2003, avec le BASEP dont on a ramassé les armes et les tenues à tous les coins de rue.
- Espérons que ce n’est pas ce qui se produit avec AQMI?
- Les combattants d’AQMI, on ne les voit jamais. Heureusement, d’ailleurs.
- Vous avez déclaré, pourtant et à plusieurs reprises, que l’armée s’est bien équipée depuis votre arrivée et vous avez, même, organisé un défilé pour le démontrer…
- Hé! Il fallait bien justifier où sont partis les cinquante millions de dollars de l’Arabie saoudite et les autres montants que l’Armée ou, plutôt, ses chefs engloutissent.
- En plus de ces 50 millions, l’opposition vous accuse d’avoir fait main basse sur les ressources du pays…
- Quelles ressources? Tout ce que j’ai fait, c’est donner, à des parents, des agréments pour les hydrocarbures, les assurances, les mines, la pêche, les banques et tutti quanti. Quoi de plus normal? Ould Taya n’en a-t-il pas fait autant à ses proches?
- Le contexte n’est plus le même…
- Moi aussi, je dois assurer mes arrières et je m’en fous du contexte.
- Mais s’il y a un changement de pouvoir, demain, cela risque d’être remis en cause, surtout que vous venez de perdre un allié, avec le départ de Sarkozy?
- Bizarre, en effet. Tous ceux qui m’ont aidé, en 2008, sont en train de partir, un à un : Kadhafi, Wade, Sarkozy… à croire que je leur porte la poisse. Mais ce qui m’énerve le plus, c’est comment Wade et Sarkozy se sont fait battre, alors qu’ils tenaient le pouvoir. Ils auraient dû me demander conseil. Je leur aurai envoyé le BASEP, pour garder la présidence, et aucun opposant n’aurait songé à contester la victoire qu’ils auraient proclamée, dès la fermeture des bureaux de vote. Et si l’opposition demandait à voir les bulletins de vote, il suffisait de trouver un prétexte, pour qu’elle ne les voie pas.
- En 2014, l’opposition va être plus vigilante pour ne pas se laisser encore avoir…
- 2014, c’est loin. On en parlera. Chaque chose en son temps. Pour l’heure, il faut faire taire cette opposition qui m’énerve.
- Comment pensez-vous désamorcer la crise?
- Imaginez que je décrète l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, sans moi. C’est ce qu’ils veulent, apparemment. Qu’est-ce qui va se passer? Le peuple va descendre dans la rue pour demander que je me présente, puisqu’il n’imagine pas que celui qui lui a tant fait l’abandonne aux prédateurs.
- L’opposition n’est pas uniquement composée de prédateurs…
- Tous pourris et jaloux. Ils veulent ma place mais ils ne l’auront pas.
- Mais on est censé être en démocratie et chacun peut être battu lors d’une élection, n’est-ce pas?
- Pas moi! Celui qui va me battre n’est pas encore né.
- Comment comptez-vous donc laisser le pouvoir?
Qui vous dit que je vais le laisser? Vous, les journalistes, vous écrivez, parfois, n’importe quoi. Si j’organise des élections, c’est pour les gagner. Ici, ce n’est ni le Sénégal ni la France.
- Venons-en à présent à l’affaire Biram
- Biram… Biram est un don du ciel. Il m’a, vraiment, ôté une épine du pied. Non seulement, il a fait l’unanimité contre lui, ce qui m’a permis de me débarrasser de lui, provisoirement, mais il a donné, en plus, un nouveau souffle à mon pouvoir qui n’en avait plus beaucoup. Ce n’est pas pour rien que j’ai demandé à tout le monde de se mobiliser contre son geste.
- L’effet ne risque-t-il pas d’être éphémère?
- Profitons du moment présent. Pour le reste, on verra bien.
- Dernière question relative au fonds d’aide à la presse…
- (Il se lève, énervé) Nous avons mis deux cent millions dans ce fonds, mais ne croyez pas que vous allez en voir la couleur. Je ne vais pas aider des peshmergas qui n’ont jamais rien compris. Ceux qui sont contre moi ne méritent rien et ceux qui me soutiennent me font honte.
- Mais il n’y a pas de raison qu’on aide les partis et qu’on oublie la presse…
- Comme ils ne vont pas participer aux futures élections, les partis de la COD seront dissous. Les autres suivront et, bientôt, il n’y aura plus que l’UPR, le parti unique du peuple et de son leader, le président des pauvres, le pourfendeur des gabegistes, la lumière du Sahara, le génie des sables: la démocratie pourra, enfin, s’épanouir.
Propos (presque) recueillis par AOC
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