
La corruption dans notre pays n’est pas un simple comportement isolé ni l’œuvre de quelques individus dispersés ; elle est devenue — hélas — un système social, culturel, législatif et officiel, dont les composantes se nourrissent mutuellement, jusqu’à former trois niveaux étroitement imbriqués :
1. La corruption populaire (la corruption enracinée dans la culture sociale)
Nous sommes — il faut l’avouer avec douleur — une société qui protège la corruption et les corrompus.
Nous brandissons des slogans qui la légitiment, tels que : Celui qui gère une entreprise lui est allouée, il fait ce qu'il veut, ou : Un tel a été nommé dans un service où il y a "quelque chose" , ou encore : Pauvre homme… il n’a rien pris du budget de son service.
La corruption touche toutes les catégories :
— Des hommes qui affichent la piété tout en pratiquant la tromperie dans les transactions.
— Des commerçants qui importent des denrées alimentaires ou des médicaments contrefaits, ou qui modifient la composition des produits dans les usines.
— Des jeunes qui falsifient diplômes et documents.
— Une société qui protège les prédateurs des deniers publics au nom de la tribu ou de la parenté.
C’est la corruption la plus dangereuse : celle qui déforme les consciences, détruit les valeurs et normalise la déviance.
2. La corruption législative (la corruption du Parlement):
C’est la plus grande des calamités. Comment un Parlement peut-il être une tribune de législation et de contrôle, alors qu’il adopte — avec une étrange sérénité — les budgets de secteurs dirigés par des corrompus, sans enquête ni examen de la gestion précédente ?
Les députés ont pourtant sous les yeux les derniers rapports de la Cour des Comptes, qui révèlent des montants faramineux : plus de 400 milliards d’anciennes ouguiyas en détournements et irrégularités suspectes.
Malgré cela, le Parlement continue d’approuver, comme si de rien n’était.
C’est la neutralisation du rôle de contrôle, et la transformation du pouvoir législatif en simple tampon administratif.
3. La corruption officielle (la corruption gouvernementale):
C’est la corruption de l’exécutif, de ses ministres et de ses responsables qui ont mal géré, trahi la confiance du Président, et continuent de sévir sans reddition de comptes.
Quand le responsable se corrompt, tous ceux qui sont sous son autorité se corrompent à leur tour… et le citoyen finit écrasé entre les trois étages de la corruption.
Alors quand… et comment éradiquer la corruption ?
La lutte contre la corruption n’est ni une décision unique ni un discours officiel. Elle exige :
— Une volonté politique ferme, sans compromis ni complaisance.
— Une justice indépendante qui touche le grand avant le petit.
— Un contrôle parlementaire réel, qui ne craint pas de dévoiler la vérité.
— Une presse professionnelle et libre, capable d’exposer les abus, sans allégeances.
— Une conscience populaire nouvelle, qui refuse de protéger les corrompus quelles que soient les affinités tribales ou familiales.
Ce n’est qu’alors que la voie de la réforme pourra véritablement commencer.
Brahim Ould Saleh
Ancien conseiller au CSA




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