
Le 26 décembre 2025, j’ai eu l’honneur d’assister au colloque organisé à Nouakchott par la Ligue Islamique Mondiale autour du Document de la construction des passerelles entre les rites islamiques.
À la lumière de ma lecture personnelle de ce document, et après avoir écouté avec attention les interventions ainsi que le communiqué final, une conviction s’impose : cette initiative remet au centre un concept longtemps évoqué mais rarement stabilisé — la diplomatie religieuse.
Il convient de rappeler que cette diplomatie avait déjà été esquissée, sur le plan multilatéral, à travers la notion de gouvernance religieuse, introduite dans le cadre du G5 Sahel, avec l’ambition de relier sécurité, développement et régulation du champ religieux. L’initiative fut audacieuse, mais elle n’a pas survécu à l’effondrement du cadre politique qui la portait. Elle demeure néanmoins une référence conceptuelle importante.
Dans le même esprit, la Mauritanie a engagé, au début de la décennie passée, un dialogue structuré avec certains courants salafistes prônant le jihad. Cette démarche a produit de réelles évolutions doctrinales sur des notions sensibles — jihad, takfir, protection des non-musulmans — même si ses effets sont demeurés limités et circonscrits dans le temps. Elle n’en constitue pas moins une expérience pionnière de gestion publique du discours religieux.
Ces deux expériences ne valent pas comme modèles achevés, mais comme indications de trajectoires possibles. Elles montrent surtout qu’on ne peut ni ignorer le fait religieux, ni l’abandonner aux radicalités.
Dans ce sens, la Charte de La Mecque offre un cadre transnational susceptible de nourrir une approche plus large, plus souple et plus durable : une diplomatie religieuse conçue non comme instrument d’influence, mais comme pédagogie de la paix, au service de la cohésion, du dialogue et de la prévention des dérives idéologiques.
Cet enjeu est d’abord capital pour les pays musulmans eux-mêmes, qui, malgré de puissants facteurs objectifs d’unité, demeurent exposés à des cycles d’autodestruction nourris par des querelles de chapelles souvent subjectives.
Il est tout aussi crucial pour les communautés musulmanes vivant dans des pays non musulmans, appelées à gérer leurs défis communs dans l’unité et la responsabilité civique.
Dans le monde d’aujourd’hui, les conflits entre rites ne peuvent plus être considérés comme de simples affaires internes : ils ont des répercussions régionales et internationales directes.
De ce point de vue, la Mauritanie a tout intérêt à accompagner souverainement des initiatives telles que la Charte de La Mecque ou la Conférence des oulémas africains pour la paix, devenues de véritables rendez-vous diplomatiques à Nouakchott.
En tout cas, le modèle constitutionnel de la Mauritanie qui fait de l’islam un choix civilisationnel assumé et ouvert sur les exigences du monde moderne, lui confère une légitimité particulière pour porter ce message et faire de la diplomatie religieuse un levier mauritanien de promotion de la paix, au-delà de l’espace maghrébo-sahélien, dans le monde.
AKM




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