
La corruption est un problème complexe qui gangrène les sociétés et les nations. Phénomène ancestral et pourtant omniprésent, son existence est intimement liée à celle de l'Humanité. Elle ne se limite à aucune société ni à aucun pays, ce qui en fait une menace pour la stabilité politique et la sécurité économique mondiale. Comme de nombreux autres pays, la Mauritanie n'en est guère épargnée. Sous toutes ses formes et à tous les niveaux, le phénomène s'est répandu en divers secteurs et sphères économiques, politiques et sociales, nuisant à l'efficacité du système politique, en raison de plusieurs facteurs qui ont favorisé sa prolifération et exacerbation.
Cet article vise à analyser la réalité de la corruption endémique, en examinant ses plus importantes causes et facteurs qui contribuent à sa propagation et à son intensification, causant de graves dommages au pays en divers secteurs politiques, économiques, sociaux et culturels et entravant considérablement les processus de développement. D’une manière générale, la corruption découle de l'abus de pouvoir légalement conféré à et par des agents publics. Combinée au népotisme au sein des institutions, elle a entraîné une érosion de la légitimité et une instabilité du système politique.
Causes et formes
Comme le confirment l'expérience et les rapports, la corruption est liée aux déséquilibres et aux déviations dans la répartition du pouvoir, notamment en ce qui concerne le système de gouvernance, les institutions politiques et la transmission du pouvoir. Les « élites » politiques y trouvent la possibilité de s'accrocher au pouvoir pour en tirer des avantages personnels, au détriment de l'intérêt public. La fusion du pouvoir et de l'argent, ainsi que l'imbrication des relations sociales, financières et économiques, génèrent une forme de favoritisme et de népotisme. Cette fusion du pouvoir et de l'argent est devenue la voie naturelle pour acquérir des gains financiers injustes, au détriment du bien commun.
De l’indépendance du pays à nos jours, les décideurs abusent de leur autorité pour obtenir des avantages matériels, approuver des projets de qualité médiocre et faciliter des transactions illégales. La faible volonté politique des dirigeants à lutter contre la corruption et leur manque d'intérêt, pour certains d'entre eux, à mettre en œuvre des mesures préventives visant à la combattre et approfondir ce que l'on appelle la culture de l'intégrité, se combinent à la prolifération de la bureaucratie gouvernementale, à la centralisation excessive de l'administration publique et à la faible performance des trois pouvoirs – législatif, exécutif et judiciaire – pour envenimer la situation.
Causes économiques
Résultant de politiques économiques improvisées qui ne parviennent pas à instaurer un équilibre ou une équité dans la répartition des richesses, des inégalités sociales et des disparités de revenus entre les différents segments de la société se sont enracinées. Conjugués à la hausse des prix et à l'incapacité des salaires à couvrir les besoins fondamentaux, ces facteurs entretiennent un terreau fertile pour la corruption. L'incapacité des politiques économiques à garantir un équilibre ou une équité dans la répartition des ressources permet ainsi aux plus riches d'exploiter les plus pauvres et les personnes à faibles revenus, à l’instar de l’immense majorité des salariés ainsi piégés.
Causes administratives
L’expansion des institutions et organismes publics dotés de ressources et de capacités considérables jouissant d’une indépendance financière et administrative s’allie au laxisme dans la sélection de dirigeants administratifs incompétents et à un manque d’attention portée aux programmes de formation, de perfectionnement et d’évaluation susceptibles de prévenir les fautes professionnelles et la mauvaise gestion et de dissuader toute implication dans la corruption.
Cette inflation des effectifs administratifs et les recrutements injustifiés, qui se traduisent par une augmentation significative du nombre de fonctionnaires, alors que le volume d’activité demeure relativement stable, a eu des répercussions négatives, notamment le chevauchement des responsabilités et le chômage déguisé. Cette inflation est probablement imputable au système de nomination et de promotion en vigueur dans le secteur public, ainsi qu’à la nomination excessive de proches, de partisans et de membres de la famille par certains hauts responsables administratifs et politiques, indépendamment de leurs qualifications et/ou des besoins de l’institution.
Raisons juridiques et judiciaires
Le recours des autorités judiciaires et de sécurité aux méthodes traditionnelles d'enquête et de preuve, ainsi que leur incapacité à suivre l'évolution des tactiques employées par les réseaux de corruption et les bandes impliquées dans la falsification et la corruption, contribuent à maintenir ces individus en liberté. De plus, certains avocats acceptent des affaires de corruption et de pots-de-vin contre des sommes considérables, promettant l'acquittement des accusés.
L'inefficacité de la structure organisationnelle et le manque de clarté concernant les responsabilités des unités administratives qui la composent, conjugués à un système de description de poste inadéquat, entraînent une absence de définition des responsabilités, des tâches et des qualifications requises. Cette situation est aggravée par de nombreuses dérogations accordées au détriment de l'intérêt public, dans un souci d'intérêt privé.
Conséquences de la corruption
Gaspillage et mauvaise allocation des ressources ; alourdissement des charges financières pesant sur le budget de l’État ; mauvaise gestion des projets d’investissement ; impact sur le niveau optimal d’investissement, sur la compétitivité et l’efficacité, sur la stabilité politique et sur la rationalité des prises de décision. En conclusion, on peut affirmer que le phénomène de corruption a pris de multiples formes. Il désigne les pratiques et comportements irréguliers adoptés par des individus ou des entités dans le but de servir leurs propres intérêts au détriment de l'intérêt public, en abusant de leur position.
Le pays a connu de nombreux problèmes complexes et plusieurs coups d'État militaires qui ont affecté l'efficacité de ses institutions et structures, conséquence de la corruption généralisée sous toutes ses formes et de son infiltration à tous les niveaux. À cela s'ajoute la nature des politiques menées par les dirigeants, tant sous le régime de parti unique que durant l'ère du pluralisme politique, ce qui a entraîné une multiplication flagrante d'affaires de corruption majeures touchant des secteurs importants et sensibles de l'État.
Cheikh Ahmed ould Mohamed
Ingénieur
Chef du service Études et développement
Établissement portuaire de la Baie du Repos (Nouadhibou)




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