Mauritanie : Vivement un autre style de gouvernance

26 January, 2026 - 10:53

Il y a de quoi être stupéfait et indigné devant la manière dont la Mauritanie est gouvernée.
Un président grassement rémunéré à coups de 7 millions d’ouguiyas. Un Premier ministre percevant plus de la moitié de cette manne, des ministres rémunérés au tiers de ce montant, des directeurs généraux et présidents de conseils d’administration émargeant à trois ou quatre millions, le tout couronné par des cortèges de privilèges indécents : 4x4 de luxe à cinquante millions, véhicules d’appoint, budgets de fonctionnement pharaoniques, avantages multiples et opaques. À ce tableau déjà obscène s’ajoutent les commissions, les rétrocommissions, les détournements déguisés en dépenses fictives, autant de pratiques connues, tolérées à l'excès et peu sanctionnées.
Face à cette oligarchie repue, un peuple exsangue. Plus de la moitié des Mauritaniens vivent dans la pauvreté. Des familles privées de trois repas par jour. Des fonctionnaires, des enseignants, des médecins, des militaires sous-payés, condamnés à survivre plutôt qu’à vivre, incapables de joindre les deux bouts, de se loger décemment, malgré leur dévouement au service public.
Et pourtant, ces mêmes dirigeants paradent sur les écrans de télévision, drapés dans des costumes hors de prix venus du Quartier latin parisien ou des galeries huppées d’Espagne, pour débiter slogans creux, promesses sans lendemain et projets incantatoires. Ils parlent avec une fatuité condescendante, comme s’ils étaient les propriétaires naturels de l’État, se croyant investis d’un droit quasi divin sur la vie et le destin de cinq millions de citoyens.
Ils maintiennent ce peuple dans la soumission par la confiscation des leviers d’un pouvoir autoritaire, dont la légitimité demeure fragile, mal enracinée, constamment rapiécée par la force, la peur et la manipulation. Gouverner ainsi, ce n’est pas diriger une nation : c’est administrer une rente, exploiter une misère et travestir la République en patrimoine privé.
Il est temps de regarder la réalité en face, avec lucidité et courage.

 

Profond décalage

La Mauritanie vit un profond décalage entre ceux qui gouvernent et ceux qui subissent. D’un côté, une élite politique et administrative qui concentre salaires élevés, privilèges matériels, budgets de fonctionnement démesurés et avantages multiples, souvent sans rapport avec les résultats produits ni avec l’état réel du pays. De l’autre, un peuple majoritairement pauvre, des familles qui peinent à assurer leur subsistance quotidienne, des fonctionnaires, des enseignants, des soignants, des militaires dont les revenus ne suffisent plus à garantir une vie digne.
Ce fossé n’est pas seulement économique : il est moral et politique. Il fragilise le lien de confiance entre l’État et les citoyens, nourrit le sentiment d’injustice et mine l’idée même de bien commun. Quand la gouvernance donne l’impression de servir une minorité au détriment de la majorité, c’est la légitimité des institutions qui s’érode, et avec elle la cohésion nationale.
Gouverner ne devrait jamais signifier jouir de privilèges ostentatoires pendant que la population s’enfonce dans la précarité. Gouverner, c’est servir. C’est rendre des comptes. C’est accepter que l’autorité tire sa force non de la peur ou de la contrainte, mais de la justice, de l’exemplarité et du respect du citoyen.
La Mauritanie a besoin d’un sursaut collectif. Les dirigeants doivent prendre conscience que le pouvoir n’est ni un héritage ni une rente, mais une responsabilité temporaire envers le peuple. Les citoyens, quant à eux, doivent refuser la résignation, s’organiser pacifiquement, exiger la transparence, l’équité et une meilleure redistribution des ressources nationales.
Il ne s’agit pas de déstabiliser le pays, mais de le refonder sur des bases saines : une gouvernance sobre, une lutte réelle contre la corruption, la valorisation du travail, et la reconnaissance de la dignité de chaque Mauritanien quelle que soit son appartenance sociale. C’est à ce prix seulement que l’État cessera d’être perçu comme un instrument de domination pour redevenir ce qu’il doit être : l’expression de la volonté générale et le garant de la justice sociale.

 

Imam Cheikh