
À la veille d’un dialogue national inclusif auquel l’essentiel de la classe politique a annoncé sa participation ; à l’exception notable de l’opposant Biram Dah Abeid, bien que le parti SAWAB sous la bannière duquel il a été élu député y prenne part ; certaines voix s’élèvent dans l’espace public pour évoquer l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel. Ces appels interrogent moins la réalité juridique d’un tel scénario que notre rapport collectif à la Constitution, à l’État de droit, à l'amour de la patrie et à l’idéal républicain. Or, en l’état actuel du droit mauritanien, une telle perspective apparaît à la fois juridiquement verrouillée et politiquement périlleuse. Adoptée en 1991 puis révisée à plusieurs reprises, notamment en 2006, l'actuelle Constitution mauritanienne encadre clairement l’exercice du pouvoir présidentiel en limitant celui-ci à deux mandats de cinq ans, l’article 28 disposant sans ambiguïté que « le président de la République est rééligible une seule fois ». Cette règle n’est pas une simple disposition technique : elle constitue l’une des garanties essentielles de l’alternance démocratique et de la prévention de toute concentration excessive du pouvoir. L’histoire politique récente de notre pays montre d’ailleurs que cette norme a été respectée, le président Mohamed Ould Abdel Aziz ayant quitté le pouvoir en 2019 au terme de son second mandat, tandis que son successeur, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, élu en 2019 puis réélu en 2024, exerce aujourd’hui son second et, en droit, dernier mandat, consacrant ainsi une pratique institutionnelle qui participe de la consolidation progressive de l’État de droit en Mauritanie, dans un environnement régional souvent fragilisé par les ruptures constitutionnelles. Cependant, toute Constitution vivante prévoit sa propre révision, et il est donc légitime, voire nécessaire, que certains articles puissent être modifiés de temps à autre afin d’améliorer la démocratie, de renforcer les libertés publiques, de moderniser les institutions ou de parfaire la gouvernance au service de l’intérêt général. Aucune démocratie n’est figée, et la réforme peut constituer un instrument de progrès lorsqu’elle demeure fidèle à l’esprit républicain. Mais cette faculté connaît une limite fondamentale : on ne réforme pas impunément les principes qui fondent l’équilibre de la République. Toucher à la durée ou au nombre des mandats présidentiels ne relèverait plus d’un perfectionnement démocratique, mais d’une altération d’un mécanisme essentiel de protection institutionnelle, avec les risques de tensions, de contestations, de fractures et d’instabilité que l’expérience comparée de plusieurs pays a malheureusement illustrés. À cette exigence juridique s’ajoute une dimension morale et institutionnelle majeure : le serment présidentiel lui-même, par lequel le chef de l’État s’engage solennellement à respecter la Constitution et en particulier les articles 26, 28 ; donc ne pas porter atteinte aux dispositions qui garantissent la limitation des mandats et l’alternance démocratique.
Un impératif patriotique à préserver
Le serment n’est pas une formule protocolaire ; il est un engagement devant Allah, la Nation et devant l’Histoire. C’est pourquoi le débat constitutionnel ne doit jamais devenir l’instrument d’ambitions particulières ni de calculs conjoncturels susceptibles de détourner l’attention des véritables priorités nationales ou d’affaiblir la confiance entre acteurs politiques, alors même que la stabilité institutionnelle constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts stratégiques de la Mauritanie et un impératif patriotique à préserver. En octobre 2016 déjà, je m’étais exprimé publiquement sur la question des révisions constitutionnelles, rappelant que la Constitution, en tant que loi suprême, nous unit, nous confère notre légitimité collective, fonde l’autorité de l’État et protège l’équilibre entre les pouvoirs autant que les droits des citoyens. Près d’une décennie plus tard, je demeure profondément attaché à cette conviction : la force d’une Nation réside d’abord dans le respect de sa norme fondamentale et dans la fidélité de ses dirigeants comme de ses élites à l’esprit de la République. Rien, à ce jour, n’indique d’ailleurs que le président de la République envisage une remise en cause de la limitation des mandats ; son parcours, son discours public, sa recherche affichée du consensus et en général sa pratique du pouvoir traduisent plutôt un attachement constant à la légalité constitutionnelle, ce qui nous autorise à penser que l’agitation périodique autour d’un hypothétique troisième mandat procède davantage de manœuvres politiques périphériques que d’une volonté institutionnelle réelle, manœuvres qui, dans une République mûre, ne devraient ni troubler le débat national ni détourner les responsabilités de leur véritable objet. La sagesse constitutionnelle commande ainsi une distinction claire : oui, certaines dispositions peuvent évoluer lorsque l’objectif est d’approfondir la démocratie et de mieux servir la Nation ; non, les principes garantissant l’alternance pacifique et l’équilibre républicain ne sauraient être remis en cause sans exposer le pays à des crises dont il n’a nul besoin. L’enjeu dépasse les personnes, groupuscules, les lobbies, les ambitions et les conjonctures : il concerne la pérennité même de l’État mauritanien et l’héritage institutionnel que nous laisserons aux générations futures. La véritable grandeur d’une Nation ne réside jamais dans la durée des pouvoirs, mais dans la solidité de ses institutions, dans la sagesse de ses dirigeants, dans l’engagement de ses citoyens, dans la primauté du droit et dans la capacité collective à faire prévaloir l’intérêt supérieur de la patrie sur toute autre considération passagère.
Préserver l’esprit de la Constitution, affermir les institutions républicaines, consolider l’État de droit et garantir l’alternance démocratique constituent, aujourd’hui plus que jamais, le cap inébranlable que doit suivre Son Excellence le président de la République, Mohamed Ould Cheikh Ould Ghazouani, pour assurer la stabilité et la prospérité durables de notre nation.
Haroun Rabani





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