
Nouakchott, ville sans limites ni repères ni schéma directeur, se trouve encerclée par des quartiers périphériques non lotis et sans éclairage qui constituent le vivier et la tanière des gangs. Ceux-ci versent pour la plupart dans les crimes organisés qui prennent chaque jour de l'ampleur, terrifiant les habitants de la capitale : vols, meurtres, intrusions à domicile et, parfois, carrément mises à sac des lieux. Porter plainte auprès des autorités constitue, pour les victimes, un parcours de combattant sans fin. Même si ces victimes donnent á la police la liste des criminels et leur indiquent leur lieu de résidence, elles n'obtiendront jamais gain de cause. D'un rendez-vous à un autre, de commissariat en commissariat, « on les connaît, vos assaillants, » vous dit-on, « ce sont des récidivistes connus de nos fichiers ».
Peut-être, mais la police ne les arrête pas. Lassées par de tels-va-et-vient, les victimes baissent les bras et leurs objets volés restent aux mains des gangs qui s’en enrichissent pour commettre d'autres crimes. Et au moindre bruit nocturne, voilà les familles en sursaut, terrifiées par la peur d'être attaquées par ces gangs qui frappent partout.
Au lieu de se concentrer sur une stratégie sécuritaire globale et inclusive des populations, on est plutôt occupé ailleurs par des festivals dans les moughataas : énormes gâchis pour rien, de la poésie et de la musique. Il faut sécuriser les personnes et leurs biens d'abord, c'est une question primordiale. La question de la sécurité est préoccupante et les failles dans ce domaine sont nombreuses. Dans un pays qui subit de plein fouet les flux migratoires, confier la sécurité de l'aéroport ou des ports á une société étrangère relevant d'un autre pays est un danger d'envergure qui met en enjeu à la fois la sécurité et la souveraineté.
L'implication de plus en plus remarquée des étrangers dans la distribution des hydrocarbures pourra avoir aussi des conséquences sur la sécurité et sur la mobilité. Il faut y porter une attention accrue ; tout comme à la prolifération de restaurants détenus par les étrangers, avec des risques sur la santé publique, en cas de malveillance. Il ne s'agit pas là d'une motion de censure contre les étrangers, mais plutôt un rappel à plus de vigilance pour un meilleur suivi des activités exercées chez nous. Certes, l'aversion des normes et procédures administratives et judiciaires a eu des conséquences sur tous les plans, jusqu’à générer des rumeurs sur la complaisance et les sautes d'humeur générant un style de société développant l'oisiveté et la recherche de l'argent facile.
Voilà comment notre société méprise de plus en plus le travail. Pour les grands travaux, on fait appel aux Chinois ; pour ceux qui exigent une technicité, on fait appel aux ressortissants de tel ou tel pays voisin et, même pour les travaux manuels, on préfère les moins chers, les nouveaux migrants. D’où cette question intrigante : où sont nos ingénieurs, nos techniciens supérieurs ? Nous n'avons jamais entendu parler de leurs œuvres. Il est plus facile de faire comme tout le monde, œuvrer dans les magouilles, les complaisances et les falsifications des diplômes, les contrefaçons, cela rapporte mieux et permet d'accéder aux postes juteux et les détournements de biens publics deviennent à portée de mains.
Aversion des normes
Là, l'occupation majeure, c'est de construire autant de maisons que d’acquérir de voitures avant de quitter son poste. À voir les voitures « dernier cri » côtoyer les charrettes « premier cri » sur l'unique autoroute de la ville et, surtout, quand ceux-là n’hésitent pas à circuler en sens interdit, obligeant ceux-ci à leur céder le passage, on sent plus que jamais la soif de modernisation de notre capitale. Cela dit, il semble que les uns et les autres ont quelque chose de commun, partageant souvent la même source de revenus : l'argent mal acquis. Pour les uns, les détournements massifs de biens publics (vols), et pour les autres, les larcins de biens arrachés de force aux citoyens.
Dans cette société où l'aversion des normes est devenue une réalité, l'impunité fête ses plus beaux jours. Il suffit d'avoir un parent policier pour être immunisé de la police et, si vous disposez d’un contact à la justice vous n’y passerez que le temps d’accomplir les modalités pour vous en libérer, et ce, quels que soient les crimes que vous avez commis. À quoi donc établir des lois et des codes pénaux, si aucun dossier juridique ne peut suivre son cours normal ? Aucun criminel ne peut subir la sanction qu'il mérite, si les interventions des uns et des autres se multiplient. Dans pareil cas, c'est l'encouragement de la globalisation de la criminalité au su de tout le monde.
Et il existe encore un nouveau crime qui s'ouvre sur les marchés lucratifs : le trafic des personnes. On signale ainsi de plus en plus de rapt d’enfants et ce genre de forfait ne peut être accompli sans l'implication d’un commanditaire étranger. Certes, l'aversion des normes a conduit à la faiblesse des institutions de l'État au point de ne plus être en mesure d'orienter, impulser et exiger des résultats satisfaisants.
Pourquoi ne pas taper avec une main de fer tous les contrevenants et sommer le secteur privé qui parasite le secteur public en s’investissant dans le recyclage des ordures, par exemple, pour en faire une source d'emplois et de revenus, comme cela de fait partout ailleurs dans le Monde. Jusqu'à quand les autres interviennent chez nous pour gérer nos ordures. Avec l'ancienne méthode de gestion des ordures mise en place par les mairies, notre capitale était plus propre que maintenant. Car la démarche actuelle se concentre sur les ordures placées sur les goudrons, alors qu'à vingt mètres de ceux-là, les ordures légères s'entassent partout. Et plus on s'éloigne du centre-ville, plus on constate l'étendue des dégâts causés par les déchets.
La sécurité du pays, des biens et des personnes – je ne cesse de le répéter – doit être prise en considération pour mettre fin au calvaire que vit la population. Puisqu’en matière de sécurité, il vaut mieux agir et anticiper les dangers, plutôt que rester passif et les subir. En tout cas, la situation est telle qu'il faut de la perspicacité, de la vigilance et de la rigueur, avant qu'il ne soit trop tard. À bon entendeur salut !
Mohamed Ahmed Cheikh
Ingénieur





.gif)








.gif)