
Le camp de l’opposition démocratique en Mauritanie a enregistré, il y a quelques jours, la naissance d’une nouvelle coalition dénommée « Coalition pour l’Alternance Démocratique » (CAD). Cette éclosion intervient dans un contexte politique marqué la volonté du président de la République Mohamed ould Cheikh El Ghazouani d’ouvrir un dialogue inclusif visant à assurer les réformes politiques, la gouvernance, la justice sociale et les garanties électorales.
L’écrasante majorité de la classe politique, de la Société civile et des personnalités indépendantes a bien accueilli cette initiative, mais une frange de l’opposition a exprimé des réserves profondes quant à sa crédibilité et à son opportunité. C’est donc ainsi qu’est née une coalition dite «opposée au dialogue », estimant que les conditions d’un échange véritablement inclusif et transparent ne sont pas réunies. Les promoteurs de cette nouvelle alliance dénoncent l’absence de garanties concrètes concernant l’indépendance de la commission électorale, la neutralité de l’Administration et la transparence du processus de concertation.
La CAD redoute que le dialogue en gestation ne connaisse le même sort que ses précédentes éditions dont les solutions n’ont pas été toutes mises en œuvre. Mais, contrairement à celles-là, celui en gestation est de la volonté du seul président de la République qui s’est engagé à appliquer les résolutions consensuelles qui en seront issues ; il a même reçu les différents pôles politiques, majorité et opposition, et réitéré son engament. Ce qui est visiblement loin de convaincre les partisans du boycott, lesquels exigent des réformes préalables avant toute participation. La CAD n’exclut pas l’organisation de manifestations publiques pour peser sur le calendrier politique et envisage de mettre en place une stratégie de contestation électorale, si ses revendications ne sont pas prises en compte.
La naissance de cette coalition traduit une reconfiguration des alliances. Certaines formations jusque-là dispersées ou marginalisées trouvent, dans ce refus commun, un terrain d’entente stratégique. Cette dynamique pourrait certes renforcer leur visibilité médiatique et politique, mais elle comporte également des risques de fragmentation accrue et, partant, faire perdre, à l’opposition, toute chance d’alternance en 2029. En effet, d’autres ont déjà exprimé leur disponibilité à participer au dialogue, générant ainsi une ligne de fracture interne au sein de la désapprobation du pouvoir en place.
Perspective d’un échec
C’est la question qui taraude quelque peu les observateurs et l’opinion. Voilà une année que le président de la République a lancé le processus par la désignation du coordinateur national de celui-ci, en la personne de monsieur Moussa Fall qui a reçu l’essentiel des acteurs politiques, de la Société civile et plusieurs anciens candidats à la dernière présidentielle. Tous ont présenté leur position et apporté leurs contributions pour la tenue et la réussite du processus ainsi lancé. Mais après réception du rapport dudit facilitateur, le cheminement n’a cependant cessé de traîner en longueur, en dépit des rencontres entre Mohamed ould Cheikh El Ghazouani et les pôles politiques.
Plus inquiétant, la majorité présidentielle déclare qu’elle n’est pas encore prête pour le lancement de l’évènement. On attend, depuis, la suite du feuilleton. Entre une majorité peu enthousiaste à voir démarrer les choses, le parti INSAF préoccupé par sa propre redynamisation, voire son implantation, les visites présidentielles, les appels à un troisième mandat pour le président de la République et une opposition divisée sur la nécessité d’aller au dialogue, il s’est installé comme un fossé et l’on se demande si celui-là se tiendra ou pas, tant les obstacles sont grands.
Cela dit, la fondation de coalitions et contre-coalitions pourrait fragiliser l’équilibre politique, si les acteurs transforment le dialogue en ring de confrontation prolongée. Néanmoins, l’émergence d’un groupement critique peut aussi être interprétée comme l’expression d’un pluralisme politique actif. Dans une démocratie en construction, les débats autour des modalités d’un tel colloque national sont en soi révélateurs d’une vie politique dynamique. On se souvient de celui que le président Ghazouani reporta sine die, en 2023, alors que la rencontre était, on s’en souvient, sur le point d’être lancée. Au-delà donc des positions de principe, l’enjeu central demeure la consolidation d’un cadre institutionnel capable de répondre aux attentes démocratiques et sociales. L’avenir du processus dépendra de la capacité des différentes parties à dépasser la méfiance et à privilégier l’intérêt national sur les calculs politiques immédiats.
Dalay Lam





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