Le jeûne, une force spirituelle, sociale et sanitaire au cœur de la société mauritanienne

24 February, 2026 - 13:46

En Mauritanie, le jeûne n’est pas seulement une pratique religieuse : il est une école de discipline, un ciment social et un puissant levier de transformation intérieure. Chaque année durant le mois béni du Ramadan, des millions de Mauritaniens s’engagent dans cette expérience spirituelle qui façonne les consciences, renforce les solidarités et rappelle les valeurs fondamentales de l’islam.

 

Une prescription religieuse au fondement de l’islam

Le jeûne du Ramadan constitue l’un des cinq piliers de la religion des Musulmans. Il commémore la révélation du Saint Coran au prophète Muhammad (PBL). Du lever au coucher du soleil, les fidèles s’abstiennent de boire, de manger et d’entretenir des relations conjugales. Mais, au-delà de cette abstinence physique, le jeûne engage une purification du cœur et de l’esprit : il invite à la maîtrise de soi, à la patience et à la bienveillance. En Mauritanie, pays profondément attaché à ses traditions religieuses, cette dimension spirituelle est particulièrement marquée. Les mosquées se remplissent, les cercles d’enseignement coranique se multiplient, et les familles redoublent d’efforts pour vivre ce mois dans la piété et la générosité.

 

Un puissant moteur de solidarité nationale

Le jeûne rapproche les riches et les pauvres dans une expérience commune de privation. Il rappelle la fragilité de la condition humaine et encourage le partage. La zakat et les dons volontaires se multiplient. Dans les quartiers de Nouakchott comme dans les villes de l’intérieur, les tables collectives d’iftar (1) se dressent à la tombée du jour, incarnant l’esprit d’entraide qui caractérise la société mauritanienne. Les associations caritatives, les mosquées et les initiatives citoyennes redoublent d’efforts pour venir en aide aux familles vulnérables. Le jeûne devient ainsi un catalyseur de cohésion sociale, renforçant les liens communautaires dans un pays où la solidarité demeure une valeur cardinale.

 

Une école de discipline et de responsabilité

Le jeûne enseigne la maîtrise des instincts et la gestion du temps. Il apprend à différer ses désirs et à renforcer sa volonté. Dans un monde marqué par la consommation rapide et l’immédiateté, cette discipline apparaît comme un antidote salutaire. Pour les jeunes générations, le Ramadan représente une période d’apprentissage moral. Les parents transmettent des valeurs essentielles : respect, honnêteté, patience. Les nuits rythmées par les prières et les lectures du Saint Coran deviennent des moments privilégiés d’éducation spirituelle.

 

Des bienfaits reconnus pour la santé

Au-delà de sa dimension religieuse, le jeûne suscite également un intérêt croissant dans le domaine médical. De nombreuses études scientifiques soulignent les effets positifs d’un jeûne encadré : amélioration du métabolisme, repos du système digestif, régulation du taux de sucre dans le sang. Toutefois, les spécialistes rappellent l’importance d’une alimentation équilibrée entre l’iftar et le sahour (2), ainsi qu’une hydratation suffisante. Le jeûne doit rester un acte de foi et de bien-être, et non une épreuve mettant en danger la santé des personnes fragiles.

 

Une tradition ancrée dans l’identité mauritanienne

En Mauritanie, le jeûne dépasse le cadre individuel. Il s’inscrit dans une culture où la religion structure la vie quotidienne et où les valeurs islamiques imprègnent profondément les rapports sociaux. Du désert aux centres urbains, du fleuve Sénégal aux côtes atlantiques, le Ramadan transforme le rythme du pays. Les marchés s’animent à l’approche de l’iftar, les familles se rassemblent, les prières nocturnes prolongent la ferveur collective. Cette atmosphère particulière rappelle que le jeûne est aussi un patrimoine immatériel, transmis de génération en génération.

 

Une leçon universelle

À l’heure où le monde traverse des crises multiples — économiques, sociales et morales —, le jeûne offre un message universel : celui de la modération, de la solidarité et de la responsabilité. Il invite à ralentir, à réfléchir et à se recentrer sur l’essentiel. En Mauritanie, cette pratique séculaire demeure un pilier de l’équilibre social et spirituel. Elle rappelle que la véritable richesse ne réside pas dans l’accumulation matérielle, mais dans la force morale, la compassion et la foi partagée.

 

NOTES

(1) : L'iftar (en arabe : إِفْطَار), ftour en Mauritanie, est le repas qui est pris chaque soir au coucher du soleil par les jeûneurs pendant le Ramadan.

(2) : Le sahour (en arabe, سَحُورٌ), souhour en Mauritanie, est le repas pris tôt le matin, avant l'aube, par les jeûneurs pendant le Ramadan.

 

 Babacar DIOP

Coach d’entreprise, chargé de cours

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