Je suis à Atar et j’accuse

5 March, 2026 - 09:52

La situation que vivent aujourd’hui les régions du nord de la Mauritanie est devenue intenable.
Il ne s’agit plus de simples doléances locales ni de revendications ponctuelles, mais d’un cri d’alarme face à une négligence persistante en matière d’infrastructures routières et de services de base.
Cette réalité est d’autant plus incompréhensible que ces régions contribuent de manière déterminante à l’économie nationale, participant à près de 70 % du produit intérieur brut du pays.

Des axes routiers devenus des hécatombes

Les routes reliant Nouadhibou à Nouakchott, Akjoujt à Atar et Atar à Zouerate sont aujourd’hui dans un état alarmant.
Ces axes stratégiques, vitaux pour la circulation des personnes, des marchandises et des ressources minières, sont devenus de véritables hécatombes.
Dégradations avancées, absence d’entretien régulier, signalisation déficiente, insécurité routière : les usagers y risquent quotidiennement leur vie.
Ces routes ne sont pas de simples voies de circulation. Elles constituent l’épine dorsale économique du pays. Elles relient les zones minières aux ports, assurent l’acheminement des produits halieutiques, permettent le transport des travailleurs et soutiennent les échanges commerciaux nationaux et internationaux.
Leur abandon progressif met en péril non seulement la sécurité des citoyens, mais aussi la compétitivité économique de la nation.

Un paradoxe économique inacceptable

Les régions du nord regorgent de richesses minières et halieutiques. L’exploitation du fer, de l’or et d’autres ressources stratégiques, tout comme les activités liées à la pêche, représentent des piliers majeurs de l’économie nationale.
Ces secteurs génèrent des recettes considérables pour le budget de l’État.
Il est donc profondément paradoxal que les territoires qui alimentent massivement les finances publiques souffrent d’un déficit criant en infrastructures et en services de base : routes dégradées, accès limité aux soins, insuffisance d’équipements publics, manque d’investissements structurants.
Cette situation nourrit un sentiment d’injustice et d’abandon parmi les populations locales.

Une négligence manifeste du développement régional

Force est de constater qu’il existe une inégalité flagrante dans la répartition des investissements publics. Le développement harmonieux d’un pays ne peut se faire au détriment de certaines régions, encore moins lorsque celles-ci constituent le moteur économique national.
L’absence d’un plan structuré et ambitieux pour moderniser les infrastructures du nord freine la croissance, décourage l’investissement privé et compromet la sécurité des citoyens.
À long terme, cette négligence risque d’affaiblir la cohésion nationale et de creuser davantage les disparités territoriales.

Un appel à un plan d’urgence national

Face à cette situation insoutenable, nous lançons un appel solennel au président de la République afin qu’il ordonne la mise en place d’un plan d’urgence pour les régions du nord.
Ce plan devrait inclure :
        •       La réhabilitation immédiate et sécurisée des axes routiers stratégiques ;
        •       Un programme d’entretien permanent des infrastructures ;
        •       Le renforcement des services de base (santé, eau, électricité, télécommunications) ;
        •       Une meilleure redistribution des retombées économiques issues des ressources locales ;
        •       La mise en place d’un mécanisme de suivi transparent des projets d’infrastructure.
Il ne s’agit pas d’un privilège réclamé, mais d’un droit légitime : celui de bénéficier, à hauteur de sa contribution, d’un développement équitable et durable.

Pour une justice territoriale et un avenir commun

Le développement des régions du nord n’est pas une question régionale : c’est une question nationale. Investir dans ces territoires, c’est consolider l’économie du pays tout entier, renforcer son unité et garantir un avenir plus prospère pour tous les citoyens.
L’indifférence ne peut plus être une option. Il est temps d’agir avec responsabilité, vision et équité.
Les populations du nord ne demandent ni faveur ni traitement exceptionnel — elles demandent simplement justice, sécurité et dignité.

Abidine sidaty