
La famille mauritanienne traverse actuellement une phase délicate et sensible qui exige une réflexion et une analyse approfondies. Malgré la richesse et la diversité de sa culture, elle est confrontée à de graves crises qui menacent sa stabilité et sa cohésion. La famille est la pierre angulaire de toute société. Si cette pierre vacille, c'est toute la société qui fait de même et si elle s'effondre, celle-ci s'enfonce dans une spirale de problèmes et de chaos.
Désintégration familiale et hausse des taux de divorce
Un des phénomènes les plus marquants que connaît la famille mauritanienne aujourd'hui est la hausse sans précédent du taux de divorce. Celui-ci n'est plus seulement une affaire personnelle entre époux : il est devenu un problème de société qui affecte les enfants et la société dans son ensemble. Un enfant élevé dans un foyer monoparental manque souvent de sécurité psychologique et de stabilité émotionnelle et peut avoir des difficultés à nouer des relations saines à l'avenir.
Le divorce n'est pas le seul phénomène inquiétant. On observe également une baisse du taux de mariage. Les jeunes hésitent de plus en plus à s'y engager, en raison du coût élevé de cette union, des perspectives limitées d'emploi et des valeurs matérialistes et sociales dominantes qui imprègnent certains aspects de la vie mauritanienne. Cette baisse s'accompagne d'une augmentation des relations hors mariage qui ne permettent pas de construire des familles solides, contribuant ainsi à une fragmentation sociale accrue.
Conflits et problèmes familiaux, absence d'une éducation saine et de bons modèles
Ce ne sont pas seulement les questions de mariage, divorce et remariage qui menacent la famille, mais aussi les conflits quotidiens et les problèmes internes, exacerbés par le manque de dialogue et de compréhension entre ses membres. Le plus grand défi auquel sont confrontées les familles mauritaniennes aujourd’hui est le manque d'éducation appropriée et de bons modèles. Un enfant qui ne reçoit pas une instruction saine au sein de son foyer et n'est pas témoin de comportements moraux exemplaires se retrouve dans une société en proie aux tentations et aux distractions, ce qui accroît la violence, la délinquance et le manque de respect envers autrui. L'éducation ne se limite pas à l'enseignement : il s'agit d'inculquer des valeurs telles que la patience, la tolérance, la politesse et la responsabilité. Lorsqu’elles font défaut, la société s’expose au chaos et à la destruction.
La perte des valeurs et de la morale
La société mauritanienne actuelle souffre ainsi d'une perte progressive de valeurs et de morale. La modestie, le respect, l'honnêteté, le sacrifice et la patience sont tous mis à mal par les courants rapides du changement social, une ouverture culturelle déséquilibrée et des technologies modernes qui ont engendré de nouveaux comportements incompatibles avec nos traditions. La perte des valeurs ne nuit pas seulement à la famille, mais menace la société dans son ensemble, car elle engendre des générations irresponsables et désengagées, incapables de construire un avenir stable.
Les conséquences dévastatrices pour la société
Si cette tendance se poursuit, notre société sera confrontée à une crise sans précédent. La désintégration familiale, le manque d'éducation adaptée, la multiplication des divorces, la fragilité du mariage et l'érosion des valeurs et de la morale sont autant de facteurs qui mèneront à la fragmentation de la société, au chaos généralisé et au déclin du développement humain et social. Une société sans familles fortes, sans valeurs ni morale, est comme un corps sans âme, une maison sans fondations ou une tombe prête à engloutir les derniers vestiges de cohésion et de stabilité.
La famille mauritanienne n’est pas qu'un simple foyer : c'est une institution éducative, sociale et culturelle. La protéger, inculquer des valeurs, assurer une éducation adéquate aux enfants, soutenir le mariage et réduire le taux de divorce sont autant de jalons essentiels à la sécurité et à la stabilité de notre société. Si nous voulons que celle-ci s'épanouisse, nous devons redonner à la famille toute son importance et inculquer à nos enfants des vertus, car une société sans familles fortes, sans valeurs et sans patience est vouée à l'échec.
Notre pays a besoin d'une prise de conscience collective et d'efforts soutenus de la part des parents, des écoles, de la communauté et de l'État pour bâtir une société unie, des familles heureuses, des enfants épanouis et un avenir prometteur. Aucun développement ni progrès n'est possible sans des familles fortes, car elles constituent le fondement de toute relation humaine.
Les transformations sociales, économiques, politiques et culturelles que connaît le monde entier ont largement contribué à l'uniformisation des sociétés, les soumettant à des lois, des décisions et des recommandations qui ignorent souvent les spécificités locales, se dissimulant parfois sous un vernis d'universalité afin de faciliter leur infiltration, leur promotion et d'encourager, sous divers prétextes, leur adoption et leur consommation.
Défis
L'institution familiale en général, y compris la famille mauritanienne, n'est pas à l'abri de ces changements. Certes, celle-ci repose sur des piliers fondamentaux, la dimension religieuse lui assurant une protection à chaque étape de son évolution. Mais ces transformations se cristallisent en de véritables défis qui la menacent si elles ne sont pas correctement appréhendées et comprises dans leur dimension essentielle et leurs conséquences potentiellement destructrices. Parmi les plus importants de ces défis figurent ceux de l'existence, de l'identité, des valeurs, de la vulnérabilité socio-économique, de l'insuffisance des services, du divertissement et des media.
En conclusion, la reconnaissance de l'ampleur des challenges auxquels est confrontée la famille mauritanienne exige le développement de projets privilégiant le bien-être familial. Cela implique la mise en place d'une « stratégie nationale de promotion de l'éducation familiale », à laquelle devraient participer divers secteurs gouvernementaux, notamment les institutions éducatives, culturelles, religieuses et médiatiques.
Cheikh Ahmed ould Mohamed
Ingénieur
Chef du service « Études et développement »
Établissement portuaire de la Baie du Repos (Nouadhibou)




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