
En 2014–2015, à la veille de la signature de l’accord sur le nucléaire iranien — le Joint Comprehensive Plan of Action — nous suivions, presque au jour le jour, l’évolution des négociations entre l’Iran et le groupe E3+3 sous l’égide de l’Union européenne.
Par ma fonction de Directeur Europe, j’étais mis en copie des communications de la délégation de l’Union européenne en Mauritanie. Les échanges étaient techniques, précis, exigeants. Mais au-delà des détails relatifs aux centrifugeuses, aux taux d’enrichissement et aux mécanismes de vérification, il y avait une conviction plus profonde : la diplomatie pouvait encore structurer l’ordre international.
Après l’accord intérimaire de Genève de novembre 2013, les négociations ont conduit à l’accord final signé le 14 juillet 2015 à Vienne.
Le groupe dit E3+3 — également connu sous l’appellation P5+1 — réunissait la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et la Chine.
Les discussions étaient coordonnées par la Haute représentante de l’Union européenne, Catherine Ashton, puis par Federica Mogherini pour la phase finale.
L’objectif était clair : garantir le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien, en échange d’une levée progressive des sanctions économiques et financières.
Lorsque l’accord fut conclu à Vienne, beaucoup d’entre nous ont cru assister à un tournant stratégique majeur.
C’était la primauté de la négociation sur la confrontation.
La centralité du multilatéralisme
La démonstration que même les crises nucléaires pouvaient être contenues par le droit international.
Puis vint le temps des désillusions. Le retrait américain de 2018, la réimposition des sanctions, l’érosion progressive des engagements réciproques et la montée des tensions ont eu raison de l’édifice que les négociateurs avaient patiemment construit.
Avec le recul, ce moment apparaît comme l’une des dernières grandes victoires du multilatéralisme classique.
Un moment où diplomates, juristes et négociateurs croyaient encore que la méthode, la patience et le compromis pouvaient prévaloir sur la logique de puissance.
Le rêve s’est brisé. Mais la question demeure :
avons-nous cessé d’y croire trop tôt — ou avons-nous simplement sous-estimé la brutalité du monde ?
Pour ma part, je continue de penser qu’il n’existe pas d’alternative durable à la négociation.
Les rapports de force imposent des pauses.
Seule la diplomatie construit la paix.
Abdel Kader Ould Mohamed





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