Mauritanie entre référence islamique et exigences de l’état-civil : une approche réaliste/Par Ahmed Mohamed Hamada, écrivain et analyste politique

11 March, 2026 - 22:30

En Mauritanie, la question du rapport entre l’islam et la laïcité ne relève ni d’un débat théorique abstrait ni d’un simple affrontement idéologique. Elle touche au cœur de l’identité nationale, à la légitimité politique et à l’équilibre institutionnel. L’aborder dans le contexte mauritanien impose de dépasser les oppositions binaires — « État religieux » contre « État laïc » — pour s’ancrer dans la réalité constitutionnelle et sociologique du pays.
La Constitution définit la Mauritanie comme une République islamique et consacre l’islam comme religion du peuple et de l’État. Cette disposition confère à la référence islamique une centralité symbolique et normative indiscutable. Dès lors, l’option d’une laïcité intégrale, entendue comme séparation stricte entre religion et sphère publique, apparaît en décalage avec le fondement constitutionnel et la sensibilité majoritairement conservatrice de la société.
Pourtant, la pratique institutionnelle révèle une configuration plus nuancée. Une part significative du droit positif s’inspire des traditions juridiques modernes, notamment d’influence française. L’administration fonctionne selon des standards étatiques contemporains, tandis que le champ religieux est structuré par des institutions officielles chargées de l’encadrement des mosquées et de l’enseignement religieux. Il en résulte un modèle hybride, où coexistent référence islamique et architecture institutionnelle moderne.
Dans ce cadre, la véritable interrogation n’est pas de savoir si la Mauritanie doit devenir laïque ou demeurer islamique, mais comment organiser la relation entre religion et politique de manière à préserver l’identité tout en consolidant l’efficacité de l’État. Le défi majeur réside dans la prévention de l’instrumentalisation du religieux à des fins partisanes et dans la construction d’institutions civiles fortes, fondées sur le droit et l’intérêt général.
À cet égard, l’éloignement des logiques de takfir et d’excommunication constitue une exigence fondamentale. Transformer le désaccord politique en condamnation doctrinale fragilise le tissu social et altère l’autorité de l’État. Préserver le débat public des dérives de l’anathème, protéger le religieux des surenchères partisanes et promouvoir une culture du dialogue et de la modération sont des conditions essentielles d’un équilibre durable.
D’un point de vue réaliste, toute tentative d’importer une laïcité de confrontation risquerait de provoquer des tensions inutiles. En revanche, l’approfondissement d’un modèle d’état-civil à référence islamique — où la liberté est garantie dans le cadre de la loi, où la dignité humaine et le pluralisme social sont respectés, où l’arbitrage institutionnel prime sur les postures idéologiques, et où l’action publique s’inspire des impératifs de justice et de stabilité — paraît davantage en adéquation avec la spécificité mauritanienne.
L’avenir du rapport entre religion et État en Mauritanie ne se jouera ni dans les slogans ni dans les radicalités discursives, mais dans une évolution graduelle, fondée sur la confiance, la responsabilité institutionnelle et la recherche d’un équilibre entre fidélité aux constantes nationales et adaptation aux exigences du monde contemporain.