Nimjatt : Quand le spirituel rencontre le concret

25 March, 2026 - 09:28

Au cœur du désert mauritanien, Nimjatt apparaît comme un lieu à part. Chaque année, des milliers de fidèles s’y rendent, animés par la foi et la quête spirituelle. Mais, au-delà de son importance religieuse, Nimjatt est aussi un espace de vie, d’échanges et d’activités économiques. Sur place, le spirituel et le concret se rencontrent et coexistent. Entre prières, rassemblements et dévotion, l’endroit révèle une réalité complexe où traditions et quotidien s’entremêlent.

Selon le khalife général de la Tariqa Qadiriya, Cheikh Abdel Aziz ould Cheikh Ayah, le nom de la cité vers laquelle convergent, en ces derniers jours du mois béni du Ramadan, des milliers de disciples est originellement celui d'une femme peule appelée Nimjatt Kane. C'est le grand érudit Cheikh Saad Bouh qui fonda l’agglomération dont le monument le plus emblématique est le mausolée du saint homme dressé majestueusement au centre du cimetière. Y aller, c'était, de l'avis de tous, un véritable parcours de combattant qui requérait, naguère, plusieurs heures pour parcourir les cinquante kilomètres qui séparent Nimjatt de Tiguent. Aujourd’hui, grâce aux travaux entrepris par la Fondation Cheikh Ayah qui auraient coûté la bagatelle de 180 millions MRO, il nous a fallu à peine une heure pour y arriver. Notre chauffeur qui connaît la zone depuis plusieurs décennies avoue ne plus reconnaître les lieux. La route qui l'avait tellement éreinté par ses creux et crevasses est devenue, comme par une certaine baraka, très praticable.

 

 

Nous voici dans la ville. Selon notre chauffeur, tout a complètement changé. D'une petite localité habitée par quelques familles, Nimjatt est devenue une cité moderne : four rotatif dont la baguette coûte 50 MRO et dont les croissants que nous avons dégustés n'envient rien aux plus prisés de Nouakchott ou de Nouadhibou ; grande avenue qui traverse les lieux, bordée de poteaux électriques, les éclairant jusqu'au cimetière... En cette veille de la Nuit du Destin, la cité est prise d'assaut par les pèlerins venus des quatre coins de la Mauritanie et des pays de la sous-région, surtout du Sénégal. Car Nimjatt est la capitale de la Qadiriya de toute l'Afrique de l'Ouest. À ce titre, ce qu’on y entend et voit la fait ressembler à n'importe quelle ville ouest-africaine. Entre ses boutiques achalandées en toutes sortes de marchandises, des centaines de bus de transport aux effigies des « messadirs » de la Qadiriya, des dizaines de voitures de la gendarmerie et de la protection civile, les pèlerins et les Nimjattois circulent dans un climat empreint de ferveur et de solennité.

 

Festival de Nimjatt : Entre dévotion et solennité

Fondé il y a soixante-dix-sept ans, le festival de Nimjatt constitue une occasion annuelle de rencontres entre des milliers de disciples entreprenant un voyage empreint de ferveur et de recueillement.  Voici ce qu’en dit Elhadj Mansour Diop venu de Louga : « Moi, je viens ici depuis dix-huit ans. Je venais avec feu mon père qui est comme un grand talibé de Cheikh Ayah. Venir à Nimjatt est, pour nous, une occasion de nous ressourcer et d’accomplir la ziarra auprès de la tombe de l'érudit Cheikh Saad Bouh, le fondateur de la Tariqa Qadiriya. C'est vraiment un moment solennel que je ne voudrais jamais rater ». En cette année 1447 de l'Hégire (2026), la cérémonie a été officiellement présidée, la veille de la fête d'El Fitr (19 Mars 2026), par le ministre de l'Enseignement originel et des affaires islamiques qui a prononcé une allocution louant l’initiative d'organiser une rencontre qui permet de raffermir les liens entre les communautés musulmanes et de promouvoir les valeurs islamiques de fraternité, de solidarité, de générosité et de cohésion sociale.

 

Il a rappelé que toutes les Tariqas partagent cette même finalité de propager la paix et promouvoir la tolérance. Avant l’intervention du ministre, le responsable chargé de la Communication de la Fondation Cheikh Ayah a lu le discours du khalife général de la Tariqa Qadiriya, Cheikh Abdel Aziz Ould Cheikh Ayah. Plusieurs autres intervenants, notamment le maire de Tiguent et la secrétaire générale de la Fondation Cheikh Ayah ont pris la parole. Puis ce fut le tour du président de ladite Fondation et porte-parole du khalife général, Cheikh Taleb Bouya Ould Cheikh Ayah de situer l’évènement, après avoir souhaité la bienvenue à tous et toutes, et rappelé que tous les soufis ont le même objectif d'aider leurs disciples à s'orienter au mieux et suivre le chemin qui mène à Dieu. À la fin de la soirée, la Fondation Cheikh Ayah a procédé à la distribution de dizaines de prix dont cinq aux lauréats d'un concours de récitation du Saint Coran qu'elle a organisé au cours du mois béni du Ramadan. Le lendemain, jour de l’Aïd El Fitr, le khalife général de la Tariqa Qadiriya en Afrique de l'Ouest a dirigé la prière devant des milliers de fidèles.

 

 

Un coin revisité

De l'avis de tous ceux qui la connaissaient naguère, Nimjatt a complètement changé grâce aux efforts consentis généreusement par la Fondation Cheikh Ayah dont Cheikh Taleb Bouya est le président et dont El Ezza, la sœur de celui-ci, est la vice-présidente. Selon lui, « toutes ces actions suivent les directives et les orientations du khalife général Cheikh Abdel Aziz ould Cheikh Ayah ». Des milliards ont été mobilisés pour le développement de la ville. Les travaux de la route qui relie Nimjatt à Tiguent, l’électrification, le réseau d'adduction d'eau et les prestations des opérateurs de communication, notamment Mattel et Mauritel, ont contribué à améliorer nettement les conditions locales de vie  et le bien-être de tous ses habitants. Ce qui constitue un des objectifs stratégiques de la Fondation Cheikh Ayah qui a injecté 250 millions pour la promotion des coopératives féminines et 175 millions pour encourager les jeunes à entreprendre,  investir et rester dans leur terroir. Grâce à ces efforts louables, les jeunes Nimjattois ne pensent plus ni à l'exil ni à la migration.

 

Services sociaux gratuits 

À Nimjatt, les services sociaux sont pris en charge par la Fondation Cheikh Ayah. On ne paye ni l'eau ni l'électricité. Au dispensaire de Nimjatt dont l'équipe est renforcée pour les besoins du pèlerinage annuel, tous les services sont gratuits : de la consultation aux médicaments. Les salles et les bureaux sont très propres. C'est aussi la Fondation qui paye les motivations du personnel de la structure sanitaire publique. Le dispensaire dispose de trois ambulances servant aux éventuelles évacuations. La pharmacie regorge de médicaments de toutes sortes, y compris ceux nécessaires aux malades souffrant de maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle sévère, etc.). Des produits non seulement très chers (comme le Janumet dont le paquet coûte 14000 MRO, Amarel 1, 2, 3 et 4 ou Losartan et autres Camlodin 50), mais aussi souvent introuvables dans les structures pharmaceutiques de Nouakchott, sont distribués gratuitement aux malades.

Il y a aussi les établissements scolaires du Fondamental et du Secondaire, en plus de la mahadra et de la mosquée. Le centre de formation professionnelle flambant neuf qui devrait commencer à fonctionner en 2026 propose des formations qualifiantes en mécanique, informatique, plomberie et électricité. Selon Cheikh Taleb Bouya, le président de la Fondation : « il est fini le temps où tu pouvais attendre des jours et des jours pour trouver une voiture pour Tiguent ou Nouakchott. Aujourd'hui, il n'y a pas une maison à Nimjatt qui n'ait une ou deux voitures. C'est d'ailleurs ce qui explique que le métier de transporteur a toujours échoué ici. Nous sommes ici des frères et nous constituons une belle illustration de la cohésion sociale, complètement départis de ces préjugés et anachronismes sociaux. »

 

La ferme de Nimjatt

À l'entrée de la ville, une imposante ferme agricole de 115 hectares s'étend à perte de vue sur plus de cinq kilomètres. Des paysages verdoyants et des milliers de plants de toutes sortes de légumes attestent d'une volonté manifeste de profiter au maximum des potentialités de ces terres fertiles longtemps laissées en jachère. Un bel exemple d'un retour triomphal à la terre pour joindre l'utile à l'agréable. L’exploitation produit beaucoup de légumes assurant l'autosuffisance alimentaire de la cité qui exporte le surplus de ses productions à Nouakchott et à travers tout le pays. Cette belle initiative a aussi généré plusieurs dizaines d'emplois et encouragé le développement du secteur agricole.

 

Un exemple à suivre

Fondée par le grand érudit Cheikh Saad Bouh ould Cheikh Mohamed Vadel au 19ème siècle, Nimjatt est devenue aujourd'hui une petite ville moderne, grâce aux petits-fils de cet illustre homme. La Fondation Cheikh Ayah travaille, via de multiples et diverses actions, à promouvoir le développement, à enraciner la cohésion sociale et à propager le bien-être. Son pèlerinage annuel qui draine des milliers de disciples venus de partout constitue, depuis sa fondation en 1948 par Cheikh Taleb Bouya, une manifestation spirituelle et diplomatique qui ressource les esprits, raffermit la foi et rapproche les musulmans de toute la sous-région, sous le couvert de la générosité de la Fondation Cheikh Ayah qui a réussi, après avoir réconcilié les cœurs, à réconcilier la spiritualité avec le développement.

Au final, Nimjatt ne se résume pas seulement à un haut lieu spirituel. C’est un espace vivant où la foi et les réalités du quotidien se rencontrent et s’influencent mutuellement. Entre recueillement et activités, ce lieu montre que le spirituel et le matériel ne s’opposent pas, mais coexistent et se complètent. Nimjatt rappelle ainsi que derrière chaque rassemblement religieux, il y a aussi des vies, des échanges et une organisation bien réelle. Une réalité qui donne tout son sens à cette rencontre entre le visible et l’invisible.

 

Sneiba El Kory

Envoyé spécial

 

 

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Encadrés 

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El Hadrami ould Abeïd Nech : « Ceux qui ont connu Nimjatt avant savent qu'elle a vécu un essor extraordinaire grâce aux actions des Ehel Cheikh Ayah. Des actions dont tous les habitants de la ville ont profité individuellement à travers les dons personnels d'argent substantiel, de voitures très coûteuses, de villas et autres ; ainsi que collectivement, à travers les prestations gratuites qu'offrent le dispensaire, l'école et la mahadra. »

 

Thewbana mint Bilal : « En tant que femme, je peux témoigner que mes sœurs de Nimjatt ont beaucoup profité des actions de la Fondation Cheikh Ayah. Nous sommes devenues détentrices de fonds gratuits qui nous ont permis d'entreprendre des activités qui ont qualitativement changé notre vie. Nous avons nos commerces et nos épiceries. Nous appartenons à des coopératives financées par El Ezza mint Cheikh Ayah. Nous profitons des produits de la ferme agricole qui a assuré l'autosuffisance en légumes et pastèques. »

 

Lemine ould Salek : « Nimjatt a complètement changé. J'ose la comparaison, car j’ai connu Nimjatt avant. Aujourd'hui, nous payons la baguette de pain à 50 MRO et la viande à moitié prix. L'eau, l'électricité et les prestations sanitaires (consultations, médicaments, évacuations, etc.) sont gratuits. Les femmes et les jeunes ont leurs propres projets. La ferme agricole assure l'autosuffisance et le travail. Tout ça grâce à la Fondation Cheikh Ayah, son président Taleb Bouya et sa sœur El Ezza. »