
La gestion des frontières entre la Mauritanie et le Mali a, durant plusieurs décennies, reposé sur une approche équilibrée et pragmatique, fondée sur une compréhension fine des dynamiques sociales propres aux zones frontalières. Ces espaces ne sauraient être appréhendés uniquement à travers une lecture sécuritaire classique, dans la mesure où ils constituent avant tout des territoires d’interactions humaines denses, marqués par l’imbrication des appartenances sociales, économiques et culturelles.
Sous la présidence du père fondateur, Moktar ould Daddah, cette réalité a été intégrée dans une vision stratégique globale. L’investissement dans le capital humain local y occupait une place centrale, non pas comme une réponse circonstancielle, mais comme un levier structurant de stabilité. Le renforcement des autorités traditionnelles — chefferies locales et référents spirituels — participait ainsi à l’ancrage de l’État dans les territoires frontaliers, en consolidant des médiations sociales capables de prévenir les tensions. Les régions de Bassiknou, Adel Bagrou, Boustila, Djiguenni, Kobeni, Touil, Kankossa, Ould Yengé, Sélibaby et Ghabou offrent, à cet égard, des illustrations significatives de cette articulation entre structures étatiques et dynamiques sociales locales. Ces espaces ont historiquement fonctionné comme des interfaces actives entre l’État et les communautés, contribuant à la régulation des équilibres sociaux.
Par ailleurs, le rôle des confréries soufies mérite une attention particulière. Les héritages spirituels liés à des figures telles que Sidi al-Mukhtar al-Kunti, Mohamed Laghdaf, Cheikh Mohamed Fadel et Cheikh Hamahoullah ont historiquement constitué des mécanismes de régulation sociale, jouant un rôle de médiation et de stabilisation dans des contextes parfois fragiles. Cependant, les mutations contemporaines — marquées par la complexification des enjeux sécuritaires, l’intensification des mobilités transfrontalières et les transformations socio-économiques — invitent à repenser ces approches. Il ne s’agit pas de reproduire à l’identique les modèles du passé, mais d’en réactualiser les fondements dans une perspective adaptée aux réalités actuelles.
Dans cette optique, la question de la mise en place d’une institution spécialisée dédiée à la gestion intégrée de la sécurité aux frontières mérite d’être posée. Une telle structure permettrait de dépasser les approches strictement militaires, en intégrant des dimensions essentielles telles que le développement local, la cohésion sociale et la valorisation des ressources humaines. Une approche globale de la sécurité, centrée sur l’humain, apparaît aujourd’hui comme une condition nécessaire à la consolidation durable de la stabilité dans les zones frontalières.
Brahim ould Saleh
Expert politique et social




.gif)








.gif)