
Le 31 mars 1976, passé presque inaperçu cette année, demeure pourtant une date charnière dans la mémoire politique mauritanienne. Il marque un tournant décisif dans l’histoire du mouvement des Kadihines, en consacrant une rupture nette entre deux courants issus d’un même creuset militant.
Né dans l’effervescence du début des années 1970, ce mouvement incarnait une dynamique contestataire portée par les étudiants, les travailleurs et une jeunesse en quête de justice sociale et de souveraineté nationale. Il traduisait alors une aspiration profonde au changement, dans un contexte politique dominé par le parti unique.
Au fil du temps, les évolutions internes et les transformations du contexte régional ont progressivement cristallisé les divergences. La question stratégique du rapport au pouvoir devint centrale : fallait-il intégrer les structures du Parti du Peuple Mauritanien (PPM), afin d’agir de l’intérieur, ou préserver une autonomie fidèle aux idéaux fondateurs ?
La majorité fit le choix de l’intégration, pariant sur la capacité d’influer sur les orientations nationales depuis les institutions. À l’inverse, une minorité refusa ce repositionnement, y voyant une dilution du projet initial. Elle reconstitua le Mouvement National Démocratique bis (MND bis ) et entreprit de maintenir une ligne de lutte plus radicale, souvent dans la clandestinité, en lien avec les militants restés attachés à l’option révolutionnaire.
Après le 10 juillet 1978, les recompositions politiques et les rivalités internes accentuèrent davantage la fracture entre les deux tendances. Malgré ces tensions, le courant issu de la minorité s’imposa progressivement comme une force politique structurante, marquant durablement la scène nationale au cours des années suivantes.
L’avènement du pluralisme politique ouvrit une nouvelle séquence, caractérisée par une recomposition du champ partisan. Les anciennes structures militantes cédèrent alors la place à de nouvelles formations. C’est dans ce contexte qu’émergea l’Union des Forces de Progrès (UFP), qui s’inscrit, en partie, dans la continuité de cet héritage politique.
Cependant, cette trajectoire ne fut pas exempte de contradictions. L’UFP elle-même connut des tensions internes, opposant parfois d’anciens compagnons de lutte. Ces divergences, d’ordre stratégique et politique, ont affecté l’esprit originel des Kadihines, fondé sur la cohésion militante et la rigueur idéologique.
Ainsi, cinquante ans après la scission, l’histoire des Kadihines apparaît comme celle d’une rupture fondatrice dont les résonances, parfois conflictuelles, continuent de traverser la mémoire collective et de structurer les dynamiques politiques en Mauritanie.
Ahmed Mahmoud Ahmedou dit Jemal, Conservateur Musée -Bibliothèque -Mémoire de la Mauritanie et du Sahara




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