
Dans une vidéo publiée il y a quelques jours, une mauritanienne a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : un pays riche en ressources ne devrait pas être un pays où l’on meurt de pauvreté. Elle dénonçait les voyages luxueux de certaines proches du pouvoir, pendant que des familles entières peinent à se nourrir.
Pour avoir dit cela, elle a été arrêtée.
Ce silence imposé en dit long.
Pendant que certains se plaignent que les mariages se terminent trop tôt, occupés à exhiber leurs tenues et leurs voitures pour récolter des compliments creux, d’autres ne mangent que du pain. D’autres n’ont même pas les moyens d’acheter des médicaments pour leurs enfants malades. Deux réalités coexistent, mais ne se rencontrent jamais. L’une fait du bruit. L’autre souffre en silence.
Et ce silence arrange.
Car ce qui se joue aujourd’hui en Mauritanie n’est pas seulement une crise sociale : c’est l’échec d’un système. Près de 31,8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et 6,5 % dans l’extrême pauvreté. Derrière ces chiffres, il y a des vies bloquées, des avenirs fermés, une jeunesse sans perspective.
Pendant ce temps, les décisions prises au sommet aggravent la situation. La hausse du prix de l’essence, combinée à un couvre-feu censé limiter sa consommation, frappent d’abord ceux qui n’ont déjà presque rien. Ceux qui travaillent tard, ceux qui vivent au jour le jour, ceux qui n’ont pas de marge pour encaisser les chocs.
Mais le problème est plus profond encore.
Car dans ce système, le mérite ne suffit pas. Combien de jeunes diplômés restent sans emploi pendant que des postes sont attribués à des proches, à des fils, à des relations ? Combien de portes fermées non pas par manque de compétence, mais par absence de réseau ?
Ce n’est pas une dérive. C’est un fonctionnement.
Un fonctionnement qui concentre les opportunités entre les mêmes mains, qui étouffe les talents, et qui condamne une grande partie de la population à rester à l’écart.
Et pendant ce temps, on demande de patienter. D’espérer. D’attendre encore.
Mais attendre quoi, exactement ?
Combien de temps encore faudra-t-il pour que la réalité soit regardée en face ? Combien de temps encore faudra-t-il pour que les priorités changent réellement, et que les décisions cessent de peser toujours sur les mêmes ?
La question n’est plus de savoir si la situation est injuste.
Elle l’est.
La question est désormais simple : jusqu’à quand ?
Toutou Ahmed Cheikh




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