Le véritable mal mauritanien : Le constat sans conséquence

20 April, 2026 - 10:41

Le problème de la Mauritanie n’est ni l’ignorance ni l’absence de diagnostic.
Tout le monde sait.
Le pays dispose de ressources considérables (135 000 ha de potentiel irrigable, 1,8 million de tonnes de ressources halieutiques, 15 milliards de tonnes de fer, 150 millions d’onces d’or, 28 millions de tonnes de cuivre et 6 milliards de tonnes de gypse, ce qui en fait un acteur minier majeur), d’une position géographique stratégique et suscite un intérêt croissant des investisseurs.
Mais tout le monde sait aussi ce qui ne va pas : une pauvreté massive (56%), un chômage persistant (10,37) une santé défaillante et une école en crise.
Depuis des décennies, nous sommes installés dans un paradoxe : celui d’un constat lucide… mais stérile.
On analyse, on commente, mais rien ne change vraiment.
Le problème n’est plus de savoir.
Le problème est de décider.
Car ce qui distingue les pays qui stagnent de ceux qui avancent, ce n’est pas la connaissance, mais la capacité à transformer cette connaissance en décisions cohérentes et durables.
Aujourd’hui, trois verrous bloquent le développement.
        1.  L’illusion de la lutte contre la corruption
Une lutte réelle ne se proclame pas, elle se prouve.
Tant que l’impunité persiste et que des responsables mis en cause continuent d’être promus, le message est clair : la corruption reste tolérée. Or, aucun développement durable n’est possible dans un tel contexte.
        2.  La mise à l’écart de la compétence
Aucun pays ne s’est développé en marginalisant le mérite.
Lorsque les nominations obéissent à d’autres logiques que la compétence, l’inefficacité devient systémique et compromet l’avenir.
        3.   L’absence de vision
Sans cap clair et stable, l’action publique devient une succession d’initiatives sans continuité.
Les politiques se font et se défont, empêchant toute réforme de s’inscrire dans la durée.
La réalité est simple : ce ne sont ni les ressources ni les idées qui manquent.
Ce qui manque, c’est une décision ferme d’appliquer des règles claires :
tolérance zéro pour la corruption, priorité au mérite, et constance dans l’action.
Sans cela, le développement restera une promesse.
 

Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni
Nouakchott le 14/04/2026