
Objet : Les menaces imminentes liées à la situation au Moyen Orient qui pèsent sur notre pays et les mesures urgentes à prendre pour contribuer à assurer une amélioration de sa capacité de résilience efficace durable
Ne se laissant pas abattre, le colibri répond toujours : « Je fais ma part. » Mais voilà que d'autres oiseaux commencent à imiter le colibri, suivis de l'ensemble des animaux de la forêt. C'est ainsi que, grâce à l'action concertée de tous, le feu est enfin éteint et la forêt, sauvée.
I - Généralités
Depuis quelques décennies déjà, début des années 1990 suite à la chute du mur de Berlin, la géopolitique et l’ordre économique du monde étaient en pleine mutation. Cela s’est traduit par des séries de crises, des revirements d’alliances politiques, un éclatement des anciens groupes d’intérêts et la naissance de nouveaux groupes. Mais également par l’amplification du phénomène des nouvelles technologies (notamment la téléphonie moderne sur IP (VoIP)) révolutionnant les techniques de la communication et ouvrant un accès quasi universel à celles-ci.
L’enjeu central pour les grandes puissances et les pays industrialisés en général a toujours été et demeure l’accès aux ressources et aux matières premières à tout prix (pétrole, gaz, minerais, produits halieutiques…) où qu’elles se trouvent. Tout le reste est en fait secondaire (la démocratie, les droits humains, la justice et même la paix). Pendant longtemps, ces pays respectaient une déontologie (une forme) qu’ils avaient eux-mêmes concoctée et érigée en système « universel » de conduite.
Il se trouve, par la force des choses, que la concurrence est devenue trop rude et les rivalités sans limites (US, Chine, Russie, Europe, Inde, Brésil…), le temps presse, les masques sont alors jetés. Il n’est désormais plus nécessaire de mettre des gants. Ainsi, des troubles permanents sont entretenus dans des pays et entre des pays potentiellement ‘‘intéressants’’. Des tensions, des conflits de toutes sortes sont alimentés partout où il y a des richesses à convoiter. Pendant que les populations locales se déchirent et s’entretuent, les sociétés internationales s’installent et conduisent tranquillement leurs projets (extraction et exportation de matières premières). Les Etats-Unis d’Amérique ont enlevé le président d’un pays souverain. Sa faute, disposer de pétrole convoité par des sociétés américaines, Avant lui, l’Irak, la Lybie ont été détruits pour les mêmes raisons. Présentement, c’est au tour de l’Iran. Ce pays a commis un double crime aux yeux du sionisme et des multinationales. Il a les capacités d’enrichir l’uranium et très probablement de développer l’arme nucléaire (menace sur Israël !!!) et il possède d’immenses réserves de pétrole et de gaz. Ce que les renseignements sioniste et américains ignoraient c’est qu’en même temps l’Iran détient une capacité de résilience bien supérieure à toutes leurs prévisions. Grâce à sa riposte remarquable face aux attaques des armées américaine et israélienne, la situation de l’économie mondiale est en pleine transformation. De l’avis des analystes politiques, à terme, rien ne sera plus comme avant pendant des années.
Un chaos économique et social menace de s’installer dans la plupart des pays du monde. Le trafic et les transactions entre les continents et les pays pourraient être durablement affectés. Ces analystes n’excluent pas beaucoup de mouvements et déplacements de populations dans les pays et entre les pays. Dans ce cas de figure, seuls les pays préparés, dotés de grandes capacités de résilience s’en sortiront. Il s’agit principalement des pays autonomes et souverains en matière alimentaire (agriculture, élevage, pêche…). A l’opposé, les pays vulnérables, sans autosuffisance alimentaire, sans suffisamment de ressources énergétiques propres pour faire fonctionner les infrastructures stratégiques (approvisionnement en eau potable, stations de pompage hydroagricoles, santé, etc.) seront rapidement exposés à ce chaos et à la déstabilisation (exode important de personnes, système économique hors d’état de fonctionnement, émeutes, troubles et conflits sociaux...).
II - Impacts négatifs possibles de la guerre au Moyen Orient sur notre pays et mesures urgentes à prendre pour améliorer la capacité la résilience de notre économie durable
Notre pays n’est pas totalement immunisé contre la vulnérabilité. Il dispose de potentiels pour cela, cependant, s’il ne prend pas des précautions énergiques efficaces et rapides, il court le risque de tomber dans l’incapacité et de rejoindre le groupe des pays pour lesquels il faut craindre. Les autorités parlent de stocks de carburant, de denrées alimentaires, de réserves en devises assurés pour les mois à venir et des mesures d’économie de l’énergie. Cela est une bonne chose. Sans oublier que ces réserves doivent être partiellement utilisées pour les besoins urgents de développer des secteurs de l’économie. La crise en gestation, si elle advenait, serait d’une gravité exceptionnelle que nos dirigeants ne semblent pas réaliser. On note des opinions différentes. Pour certains responsables les conséquences de la crise, si crise il y aura, seront négligeables. Pour d’autres, au contraire, sans aucun doute, il y aura crise et ses conséquences seront terribles et durables.
Mieux vaut prévenir que guérir, dit l’adage. L’heure est grave et à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.
Jusqu’ici ce sont les Mauritaniens qui avaient besoin de la Mauritanie, aujourd’hui c’est la Mauritanie qui a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils pour sa survie en toute dignité. Il faut un sursaut national, taire les égos individuels, oublier tous les clivages, toutes les divergences, toutes les revendications partisanes. Le débat sur les questions les plus essentielles (nécessité de refondation des institutions de la République, séquelles de l’esclavage, passif humanitaire, égalité des chances…) doivent être mises entre parenthèses au profit d’une mobilisation générale en vue de créer les conditions d’une Mauritanie résiliente à travers une économie durable forte capable de garantir une vie digne à l’ensemble des Mauritaniens sans exclusion aucune. Cela n’est pas un vœu pieux, c’est possible, puisque les ingrédients nécessaires et suffisants pour y arriver existent (suffisamment terres arables, cheptel, eau, soleil, intrants et main d’œuvre). Il manque cependant un élément décisif, la volonté.
Si les Mauritaniens le veulent et acceptent de relever le défi, le développement prioritaire de notre économie traditionnelle constitue une piste à la fois sérieuse et sûre pour assurer l’essentiel. Le sous-secteur sur lequel doivent se concentrer prioritairement les efforts est l’agriculture et plus particulièrement l’irrigué avec maitrise total de l’eau. En effet, en 2024, il y avait 45 000 ha aménagés et entièrement cultivables moyennant certainement quelques réhabilitations. Les rendements moyens étaient de 4,4 t/ha. Pour sa part, la culture maraichère a couvert 8 000 ha avec un rendement moyen de 15 t/ha toutes spéculations confondues. Ces résultats sont très en deçà de ce qu’il est possible de réaliser avec les mêmes éléments mais avec une approche différente. En effet, quand les conditions nécessaires et suffisantes sont réunies ces 45 000 ha peuvent être exploités au moins deux fois dans l’année et les rendements à l’ha peuvent atteindre 6 tonnes voire plus. Il en est de même pour l’horticulture.
Des améliorations significatives peuvent également être apportées aux cultures sous-pluies (diéri, derrière barrages et décrue). Pour cela, il serait nécessaire d’accompagner les paysans très tôt dans le déroulement de la campagne d’hivernage, notamment dans le respect du calendrier cultural, dans la protection des champs par des clôtures de qualité, la préparation du sol, la mise à disposition de semences de qualité, le conseil sur les techniques de culture (démariage/éclaircissage, écart entre les poquets, fertilisation appropriée, protection des plantes des ennemis des cultures…). Grâce à ses techniques les rendements des céréales peuvent dépasser la tonne à l’ha.
En guise d’introduction, les cultures fourragères peuvent être considérées comme facteur de diversification des systèmes de production et d’organisation de l’exploitation agricole et constituer un renfort à la synergie entre agriculture et élevage dans l’exploitation agricole et contribuer à orienter l’élevage vers un élevage semi intensif. En effet, notre élevage est, en majorité, de type extensif avec une faible productivité. Il est essentiellement tributaire des ressources naturelles (pâturages et eau), qui dépendent de la pluviométrie.
Compte tenu de la conjoncture et en particulier du contexte sécuritaire sous-régional, l’élevage transhumant ne peut pas continuer comme si de rien n’était. Comme pour le reste, le mode de l’élevage doit s’adapter, il doit tendre vers une modernisation qui passe par le semi intensif voire vers l’intensif tout court.
Aussi, est-il urgent pour les éleveurs d’évoluer vers une approche plus appropriée en vue de moderniser progressivement la gestion du bétail, notamment en créant plus de fermes dans lesquelles le troupeau trouve tout ce dont il a besoin pour se développer et réaliser les objectifs fixés (nourriture, soins, surveillance…). Pour commencer, il faut assurer un approvisionnement en fourrage toutes les saisons de l’année avec les moyens existants. Dans ce cadre, outre les techniques déjà relativement courantes, des pare-feux incendie, de gestion durable des terres comme la mise en défens qui consiste à soustraire temporairement des espaces naturels (pâturage, forêt, berge) à l'exploitation agricole, au pâturage et à la coupe qui vise à restaurer le couvert végétal et les sols dégradés par une régénération naturelle ou assistée, il convient d’encourager la multiplication des programmes et projets de cultures fourragères partout où cela est possible.
La paille de riz se trouve en abondance dans la vallée et est très utilisée pour l'alimentation des animaux. Elle fait même l'objet d'un commerce jusqu'à Nouakchott. Elle est actuellement la base de l'alimentation de nombreuses vaches laitières en saison sèche.
Les espèces à produire conseillées par la recherche sont le Niébé fourrager (Vigna unguiculata), Dolique (Dolichos lablab ), Pois d'Angole (Cajanus cajan), Sorgho "fourrager" (Sorghum), Panicum maximum cultivar Cl. Trois autres espèces peuvent s’y ajouter, il s'agit de Chloris gayana, graminée vivace bien adaptée à la sécheresse et très intéressante pour la production de foin, le Brachiaria mutica, autre graminée vivace, bien adaptée à l'irrigation et bien appétée par les animaux et enfin le Stylosanthes hamata, légumineuse -11bien adaptée à la chaleur et à l'irrigation et qui s'associe bien à Panicum maximum pour la pâture ou pour le foin.
A ce jour on note l’existence des initiatives suivantes :
- 600 ha dans 8 wilayas, initié par le ministère de l’Elevage ;
Aménagements réalisés avec l’appui du PRAPS au profit de 73 promoteurs en vue de produire 11 000 tonnes de matière sèche de fourrage accessibles aux pasteurs et agropasteurs.
(A suivre)
Mohamedine DIOP
Socio-économiste
Ancien conseiller technique DG SONADER
+222 44181721




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