Proximité État – Patronat : Oui mais….

29 April, 2026 - 08:24

La proximité entre le pouvoir politique et le président du patronat, largement commentée ces derniers jours, n’est pas en soi anormale. Dans de nombreux pays, un dialogue étroit entre l’État et les représentants du secteur privé est même recherché : il favorise l’investissement, renforce la coordination économique et peut s’avérer précieux en période de crise.
Mais cette proximité devient problématique — et ce n’est pas un bon signal — lorsqu’elle dérive vers une confusion des rôles. Le patronat n’a pas vocation à être un simple relais des politiques publiques.
Au contraire, la relation entre l’État et le secteur privé repose, par nature, sur une tension constructive. Défendre les intérêts des entreprises suppose de formuler des attentes, de contester certaines orientations et de négocier en permanence des améliorations que l’État n’est ni toujours disposé, ni toujours en mesure d’accorder. Dans tous les pays, un patronat actif est donc nécessairement, à certains moments, en décalage avec les autorités — sans que cela ne relève d’une logique de confrontation, mais bien d’un équilibre fonctionnel.
Dès lors, le véritable enjeu réside dans la capacité à préserver cet équilibre. Lorsque la relation se transforme en connivence, qu’elle brouille la frontière entre intérêt général et intérêts particuliers, et qu’elle affaiblit les exigences de transparence, elle cesse d’être un levier de développement pour devenir un facteur de déséquilibre institutionnel.
Or, le malaise tient aujourd’hui à une perception persistante : celle d’un président du patronat qui ne se limite plus au dialogue avec l’État, mais semble en adopter et en défendre les orientations de manière constante. Une telle convergence interroge, car elle apparaît en décalage avec la nature même du rôle attendu d’une organisation patronale.
Un patronat crédible n’est pas un patronat aligné. C’est un patronat capable de dialoguer, mais aussi de négocier — et, lorsque nécessaire, de diverger.
 

Maître Ahmed Salem Bouhoubeyni