
Depuis quelque temps, on parle de rigueur et d'austérité. Mais la dégradation de la desserte de l'eau et d'électricité, assoiffant et plongeant dans l’obscurité toute la ville, n'est pas une option. Tout comme l'instauration d'un couvre-feu limitant les activités et la liberté des gens. La rigueur et l'austérité doivent être observées d'abord dans l'interdiction de la circulation des voitures de service en dehors des heures de pointe et dans la réduction du train de vie de l'État, notamment en matière de dépenses dans les voyages à l'étranger. Or, au lieu de reporter ou d’annuler ceux-ci, on assiste au contraire, à leur multiplication en masse : ainsi plusieurs ministres ont effectué une visite au Sénégal, dix autres en Algérie et, une semaine après, voilà le Président en visite à Paris, un Paris « qui ne parie plus ». Tout comme toute l'Europe, en perte de vitesse face à une Russie et une Chine montante, ainsi qu’une Amérique démarquée et de plus en plus arrogante.
Oui, dans un tel monde en effervescence où les rapports de force risquent de glisser dans un sens comme dans l'autre, inutile d'afficher position dans un camp donné. La diplomatie mauritanienne a toujours brillé par son non-alignement. Une recommandation d’autant plus d’actualité que des changements profonds sont en cours. Souvenons-nous qu’aux meilleurs des relations avec Paris, Nouakchott est restée vierge de toute réalisation sur le terrain, dans le cadre de la coopération avec la France. Avec la Chine, il y a des traces plus évidentes de soutien : un port, une maison des jeunes, des projets hydrauliques… Avec d'autres pays comme la Russie ou le Japon, un centre de recherches océanographiques et des pêches, pour la première, et, pour le second, un office pour le contrôle de la qualité des produits et l'inspection sanitaire, avec des laboratoires ad hoc.
Cela dit et dans tous les cas de figure, les voyages à l'étranger coûtent cher et doivent être sanctionnés par des résultats économiques sur le terrain. Se déplacer pour se déplacer, la Mauritanie n'en profite pas, au contraire : elle y perd. Et il convient également de rappeler l’existence d’un autre domaine où la rigueur n’est toujours pas à l’heure du jour : les dépenses de loyers. La plupart des secteurs louent des maisons privées pour en faire des représentations – SOMELEC, SNDE, AMAM, ADPPC… – et même les ports concluent des contrats de location avec des tiers. Bref, une approche plus fine de gestion s'impose. La moindre estimation établit que le coût de chaque décennie d'un seul loyer pourrait aménager et construire deux représentations pour chaque institution contractante : on est bel et bien en face d’une gabegie en ce domaine où le service « camaraderie » fonctionne encore à merveille…
Comme l'économie sauve la politique, la Mauritanie a plutôt besoin d'un dialogue exclusivement économique pour revoir tous les accords de partenariat conclus avec les sociétés étrangères. Car le problème majeur de notre pays, c'est la gestion rationnelle de ses ressources, visant à une économie distributive. Tout autre dialogue est, à mon avis, un passe-temps dépensant dans les mots qui risquent fort apporter des maux à notre Nation.
Mohamed Ahmed Cheikh
Ingénieur




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