
La tension monte autour du projet agricole de 2400 hectares dans la moughataa de M’Bagne (Brakna). Dans une déclaration rendue publique ce jeudi, le Collectif des propriétaires terriens de Walo Yirlabé-diéri (Walodiane) exprime son rejet catégorique de toute forme d’expropriation et met en garde contre une crise latente.
Le collectif affirme avoir pris acte du compte-rendu des émissaires dépêchés à Nouakchott du 18 au 22 mai 2026 pour porter la voix des populations locales. Ces derniers avaient pour mission de s’informer sur la situation, d’évaluer les implications du projet et de transmettre les réserves des propriétaires aux autorités mauritaniennes ainsi qu’à la chancellerie chinoise.
Cependant, les signataires de la déclaration accusent ces délégués d’avoir « dévoyé leur mission » en s’écartant du mandat qui leur avait été confié. « Nous nous insurgeons contre la forfaiture des délégués, allés au-delà des prérogatives qui leur avaient été fixées par l’Assemblée », souligne le document.
Le collectif réaffirme le caractère « inaliénable » des terres concernées et rejette toute convention de location ou d’exploitation conclue sans leur consentement. Il s’oppose notamment à un projet impliquant un consortium chinois, soutenu par les autorités, et perçu comme une tentative d’expropriation des populations locales du département de M’Bagne et, plus largement, du sud du pays.
Les propriétaires mettent en garde contre une montée des tensions sur le terrain. « Les populations sont mobilisées et aucun sacrifice ne sera de trop pour la sauvegarde de notre patrimoine foncier », préviennent-ils, évoquant un risque réel de crise si le projet se poursuit sans concertation.
Dans le même temps, le collectif lance un appel aux autorités mauritaniennes pour qu’elles renoncent à toute démarche visant à déposséder les communautés de leurs terres ancestrales. Il se dit toutefois ouvert à une collaboration avec l’État et d’éventuels partenaires, à condition d’être « préalablement consulté et pleinement associé » à toutes les étapes du processus.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la signature, le 12 mai dernier à Nouakchott, d’une convention entre la Mauritanie et la République populaire de Chine. L’accord, conclu entre le ministère des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière et la Société chinoise des sciences et technologies, porte sur la location à long terme de près de 2400 hectares agricoles dans la moughataa de M’Bagne.
Présenté par les autorités comme un levier de renforcement de la sécurité alimentaire nationale, ce projet prévoit notamment la création d’emplois, le transfert de technologies agricoles et le développement de la productivité. Il s’inscrit dans la continuité de la coopération agricole entre les deux pays, notamment autour du Centre de formation et de transfert des technologies agricoles établi en 2016.
Si les autorités mettent en avant les retombées économiques et techniques attendues, la contestation des propriétaires terriens de Walodiane met en lumière les enjeux fonciers et sociaux liés à ce type de partenariat. Entre ambitions de modernisation agricole et revendications des communautés locales, le dossier de M’Bagne s’annonce comme un test sensible pour la gouvernance foncière en Mauritanie.




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