
Comme à son habitude, l’ancien ministre, Isselmou Ould Abdel Kader livre des analyses et des interprétations peu convaincantes, inspirées par des considérations bien connues et mises au service d’objectifs qui le sont tout autant. À l’inverse, Brahim Ould Bakar Ould Sneiba a eu le mérite de récuser une lecture réductrice de l’histoire mauritanienne qui la ramènerait à une opposition simpliste entre un homme d’épée, libre d’agir à sa guise, et un homme de religion, exclusivement attaché à l’étude du Coran et à l’observance de ses prescriptions.
L’histoire de la Mauritanie témoigne pourtant d’une réalité tout autre : celle d’une étroite complémentarité entre la force et le savoir, entre l’épée et la plume, qui ont longtemps cheminé de concert dans l’édification de la société et la préservation de la religion.
Il suffit, pour s’en convaincre, d’évoquer les Oulad Nasser et les Oulad Daoud, deux des plus illustres composantes des Banî Hassan. Les premiers ont su conjuguer puissance politique et militaire avec une remarquable tradition de savoir, de jurisprudence et de transmission généalogique, dont le grand érudit Mohamed Saleh Ould Abdel Wahab demeure l’une des figures emblématiques. Les seconds ont donné naissance au Cheikh Mohamed Laghdaf, personnalité éminente du savoir religieux et de la spiritualité, illustrant avec éclat que la science n’a jamais été l’apanage exclusif d’un groupe social déterminé.
Cette union entre la force et le savoir n’avait d’ailleurs rien d’exceptionnel ; elle s’inscrivait au cœur même de la civilisation islamique. L’Islam appelle à la justice, à la sagesse et à la quête de la connaissance, mais il enjoint également aux croyants de préserver les moyens de leur protection et de leur défense. Le Prophète ﷺ a lui-même mis en garde contre l’abandon des causes de la puissance et contre la complaisance dans l’inaction, qui conduisent inéluctablement à l’affaiblissement et au déclin des communautés.
C’est ainsi que notre société s’est construite sur la complémentarité féconde entre les hommes du savoir et les hommes d’action. Les mahadras prospéraient au sein même des campements émiraux, tandis que les savants éclairaient les gouvernants de leurs conseils et contribuaient à l’orientation morale de la cité. Une lecture sereine et équitable de notre histoire conduit donc à reconnaître que celle-ci fut avant tout l’histoire d’une alliance harmonieuse entre l’épée et la plume, et non celle d’une opposition entre les deux.
Réduire cette réalité historique à une confrontation entre guerriers et savants revient non seulement à méconnaître les faits, mais aussi à occulter l’une des caractéristiques les plus profondes de la société mauritanienne : sa capacité à faire dialoguer l’autorité et le savoir, la puissance et la sagesse, au service de la cohésion collective et de la continuité de son héritage civilisationnel.
Brahim Ould Saleh
Écrivain et analyste




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