Victor Hugo musulman ? Lisez avant de juger…/Par Moussa Hormat-Allah, professeur d’université, lauréat du Prix Chinguitt

25 June, 2026 - 08:31

Victor Hugo n’est plus là pour confirmer publiquement et de vive voix sa conversion à l’Islam, intervenue à la fin de sa vie. Aussi, et au-delà des polémiques, des controverses et du blackout qui entourent cette conversion à la religion musulmane, interrogeons les quelques poèmes islamiques de Hugo qui ont pu échapper à la censure. Car, souvent, il y a des textes qui parlent eux-mêmes.

« Arrivé sur le bord de la tombe profonde,

Et j’ai devant moi Allah, derrière moi le monde ». (1)

L’auteur a voulu dire que la vie ici-bas est éphémère et que seul compte l’Au-delà. Tout monothéiste – juif ou chrétien – parlant de Dieu dirait, probablement, la même chose. Mais avec la référence à Allah, Victor Hugo, en musulman, donne à ces deux vers une dimension mystique. Transcendante.

 En effet, avec ces deux vers d’Hugo, on ressent une émotion et une piété qui viennent du fond du cœur. Ces vers sont sous tendus par une ferveur religieuse que le plus pieux des musulmans ne pourrait mieux ressentir et décrire. Par ailleurs, leur stricte conformité avec la foi musulmane est frappante. Hugo a parlé délibérément d’Allah et non de Dieu ce qui aurait pu prêter à équivoque car les chrétiens et les juifs croient, eux aussi, en Dieu mais récusent le vocable musulman d’Allah.

Mieux encore, dans les vers qui suivent, Hugo parle avec conviction de la rétribution des croyants et des mécréants le Jour du Jugement Dernier en musulman qui a lu le Coran :

«Le Gehennam(2) attend les réprouvés ; malheur !

Ils auront des souliers de feu dont la chaleur

Fera bouillir leur tête ainsi qu’une chaudière.

La face des élus sera charmante et fière.» (3)

Victor Hugo a prononcé la profession de foi musulmane

Tous les poèmes islamiques de Hugo rappellent toujours au détour d’un mot ou d’une expression cette adhésion non déguisée du poète à l’Islam.

« Hugo prononça la profession de foi (chahada) attestant que DIEU est unique et sans associé et que Mohammed est Son serviteur et Son envoyé, le 6 septembre 1881, dans son appartement de Paris en présence de Scheik Ibrahim de TLEMCEN d’Algérie et adopta en conséquence le nom de Abou Bakr Hugo. Il mourut donc musulman en 1885 ». (4)

Comment peut-on concevoir un seul instant qu’un poète de la stature de Hugo sentant sa mort prochaine puisse faire l’apologie de l’Islam avec une telle force de conviction et de persuasion et renier clairement tout l’héritage chrétien s’il n’était pas profondément convaincu de ce qu’il écrit ? L’auteur de la Légende des siècles était-il inconséquent au point de vouloir, au crépuscule de sa vie, passer à la postérité pour ce qu’il n’était pas ? Non ! Les poèmes islamiques de Hugo valent toutes les professions de foi.

« Victor Hugo ne fut jamais chrétien. Il ne l’était pas". (5) Il rejetait catégoriquement la thèse de la crucifixion. « Ses deux fils et petits-fils morts avant lui n’ont jamais été baptisés ou inhumés selon les rites chrétiens »(6)

Victor Hugo a comparé Jésus à l’aube et Mohammed au soleil

Même s’il a continué, après avoir rejeté le dogme de la Trinité, à croire en Jésus – ce qui est une obligation religieuse pour les musulmans qui doivent croire en tous les prophètes – Hugo, avec les vers qui suivent, montre la prééminence du Prophète Mohammed  sur Jésus.

«Je suis cendre comme homme et feu comme prophète.

J’ai complété d’Issa (Jésus ndl) la lumière imparfaite.

Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.

Le soleil a toujours l’aube pour précurseur. » (7)

Outre un talent inégalable, les écrits de Hugo se caractérisent par une concision, une précision et une pertinence remarquables. Quand il dit « Le soleil a toujours l’aube pour précurseur », Hugo a voulu rappeler à ceux qui l’ignorent ou feignent de l’ignorer que le Paraclet, le sceau des prophètes est Mohammed. Ainsi, Hugo a trouvé les mots justes en comparant Jésus à l’aube et Mohammed au soleil.

Hugo qui a beaucoup étudié le Coran et la Sira (biographie) du Prophète connaissait bien l’Islam. En exégète bien au fait des subtilités du Livre saint, il a été jusqu’à composer un poème à partir d’une Sourate du Coran «La Secousse»(8), poème qu’il a intitulé : «Verset du Koran.»

«La terre tremblera d’un profond tremblement,

Et les hommes diront : Qu’a-t-elle ? En ce moment,

Sortant de l’ombre en foule ainsi que les couleuvres,

Pâles, les morts viendront pour regarder leurs œuvres.

Ceux qui firent le mal le poids d’une fourmi (9)

Le verront, et pour eux Dieu sera moins ami ;

Ceux qui firent le bien ce que pèse une mouche

Le verront, et Satan leur sera moins farouche.» (10)

Ces vers respirent la piété et la dévotion.

Victor Hugo musulman pratiquant

Hugo n’est pas resté musulman seulement au niveau du verbe ou du principe. Autant que sa conversion publique tardive le lui permettait tant au niveau de l’âge (plus de 80 ans) qu’au niveau de la connaissance – plutôt rudimentaire – de la pratique religieuse, l’écrivain a tout mobilisé au service de sa nouvelle foi. C’est avec conviction et détermination qu’il fit son entrée dans la religion de son cœur.

Selon ses familiers, Hugo récitait plusieurs fois par jour la Fatiha (première Sourate du Coran). On l’entendait ainsi déclamer à haute voix : « Ihdina sirà ta el moustaquim » (Guide-nous sur le droit chemin). Les censeurs de l’islamité de l’auteur des Misérables réfutent ce témoignage des proches de l’écrivain et soutiennent qu’il lui arrivait simplement de réfléchir à haute voix. On appréciera la pertinence de l’argument. Au cours de ces invocations, il pleurait au point que les larmes mouillaient sa barbe. On a soutenu aussi une autre thèse tout aussi farfelue : Henri Guillemin, en de nombreux passages de son livre « Hugo », faisant allusion à la récitation de la Fatiha par l’écrivain, écrit que le poète « chassait ces esprits et ces créatures impalpables qui assiégeaient souvent sa personne par des prières fréquentes ». (11)

Hugo a confié à son entourage avoir plusieurs fois rêvé du Prophète Mohammed. Mais, comme toujours les censeurs ont une autre explication : Il arrivait à Victor Hugo de rêver comme tout le monde, dirent-ils, mais il n’a jamais rêvé du Prophète. Comme si on surveillait ses rêves. Pourquoi ce déni de rêver du Prophète ? Les censeurs étaient-ils alors trahis par leur conscience que de tels rêves sont réalité ? Admettons quand même, une fois de plus, que l’argument est un peu court.

Hugo avait aussi un tapis de prière (sajada) probablement offert par le Cheïkh Ibrahim de Tlemcen sur lequel il s’asseyait pour prier Dieu. Même s’ils reconnaissent ce fait, les censeurs de l’islamité de Hugo soutiennent que l’écrivain se servait de ce tapis de prière comme descente de lit. Comme si Hugo n’avait pas les moyens de se procurer deux descentes de lit pour lui et sa femme au lieu d’une seule. Là encore, on s’empêtre dans des explications et des justifications cousues de fil blanc. A bout d’arguments, ces censeurs ont trouvé, comme échappatoire que les poèmes islamiques de Hugo ont bien, après tout, leur place dans une œuvre universelle comme la Légende des siècles. Mais devant l’inconsistance et la frivolité de leurs arguments et à la seule idée que Hugo puisse être musulman, ils ont changé d’avis pour trouver une parade qui leur semble plus convaincante : On a taxé tout simplement l’écrivain de fou. Comme par hasard au moment où il est devenu musulman. Ainsi, La Croix, le journal parisien des milieux catholiques au pouvoir a écrit au lendemain de la mort de Hugo : « Il était fou depuis trente ans. »(12)

Venant d’un journal quasi officiel, cette référence à la prétendue folie de Hugo depuis trente ans, laisse penser que l’auteur de la Légende des siècles a, probablement, embrassé l’Islam beaucoup plus tôt.

Victor Hugo admirait les Compagnons du Prophète

On comprendrait mieux les appréhensions et les craintes qui sous-tendent cette mise en scène sur la pseudo folie de l’écrivain si on sait qu’elle est destinée, d’une part, à atténuer l’impact de ses écrits islamiques qui ont déjà filtré et, d’autre part, à réfréner ses velléités islamiques car Hugo est devenu de plus en plus incontrôlable et travaillait sur une œuvre monumentale : l’histoire des quatre califes du Prophète.

Victor Hugo avait déjà dédié plusieurs poèmes aux Compagnons du Messager d’Allah. Voici, à titre d’exemple, un extrait d’un poème qu’il avait composé sur le calife Omar Ibn Al Khattab.

«Omar, le puissant prêtre, aux prophètes pareil,

Aperçut, tout près de la mer Rouge, à l’ombre (…)

Hugo vouait une grande admiration pour les Compagnons du Prophète. «Il avait adopté le nom de Abou Bakr HUGO comme le premier calife de l’Islam à qui il avait voulu s’identifier en écrivant en octobre 1883, vers la fin de ses jours : «Je ne connais rien de plus sublime et de plus grand dans l’histoire de l’humanité que ces paroles d’Abou Bakr s’adressant aux croyants : « Peuple ! Quiconque adorait Mahomet, qu’il sache qu’il est mort vraiment ! Mais quiconque adorait DIEU, qu’il sache que Dieu est vivant et ne meurt jamais. »(13)

Contre la France, Victor Hugo a choisi son camp : l’Islam

Hugo avait aussi beaucoup d’estime pour ses coreligionnaires. L’extrait du poème qui suit montre toute l’admiration du poète devant la bravoure des guerriers musulmans. Comme s’il avait choisi son camp sur le champ de bataille aux côtés des musulmans, ses strophes mitraillent l’ennemi.

«En guerre les guerriers ! Mahomet ! Mahomet !

Les chiens mordent les pieds du lion qui dormait,

Ils relèvent leur tête infâme.

Ecrasez, ô croyants du prophète divin, 

Ces chancelants soldats qui s’enivrent de vin,

Ces hommes qui n’ont qu’une seule femme !

Meure la race franque et ses rois détestés ! (…)(14)

Ces vers constituent, à eux seuls, une preuve éclatante de la conversion de Hugo à l’Islam. Le poète y renie, non sans un certain dégoût, les croyances religieuses de ses propres compatriotes et met son immense talent au service de sa nouvelle foi.

Victor Hugo, fasciné par la sainteté du Messager d’Allah

Victor Hugo était, en effet, fasciné par l'Islam et par la sainteté du Messager d'Allah, auquel il vouait une immense admiration. Souvent, il invoquait son nom pour demander l'assistance de Dieu. Ainsi, pour se protéger des démons qui l'assaillent, parfois, dans sa maison, Il sollicitait, dans une prière, la bénédiction attachée au Prophète.

Dans le poème qu'il composa à cet effet, il n'utilisa pas les vocables usuels de "démons" ou de "diables", mais bien la dénomination arabe de ces êtres malfaisants. Il donna, délibérément, à ce poème le titre de Djinns. De brefs extraits de ce poème :

"Prophète ! Si ta main me sauve

De ces impurs démons des soirs, (…)

La prière du poète fut exaucée.

            "Ils sont passés ! – Leur cohorte

S'envole, et fuit, et leurs pieds

Cessent de battre ma porte

De leurs coups multipliés".(15)

La falsification du testament de l’auteur des Misérables

Si Hugo a tout fait pour clamer haut et fort sa foi musulmane dans ses écrits islamiques qui ont pu échapper à la censure, la mécanique implacable de la falsification et de la manipulation a tout fait de son côté pour broyer les preuves de son adhésion à l’Islam. L’académicien Alain Decaux dans son livre «Hugo» (16) écrit à propos des pseudo dispositions testamentaires du poète : «Je refuse l’oraison de toutes les églises, je demande une prière, à toutes les âmes. Je crois en DIEU». Une analyse élémentaire de ces propos insensés montre leur incohérence absurde qui exclut qu’ils puissent provenir du plus grand des poètes. En effet, on ne peut pas refuser l’oraison de toutes les églises et demander en même temps une prière à toutes les âmes. C’est comme si ceux qui ont une âme ne fréquentaient pas du tout les églises.

Manifestement, ces propos aberrants prêtés à Victor Hugo résultent de substitutions postérieures à son décès.

Pour reconstituer les véritables propos du poète afin de donner à l’expression un sens, il faut remplacer «âmes» par «musulmans» et l’expression devient : «Je refuse l’oraison de toutes les églises. Je demande une prière à tous les musulmans. Je crois en DIEU (unique et sans associé)».(17)

Lever la chappe de plomb qui empêche encore la publication

 de tous les manuscrits islamiques de Victor Hugo

Anxieux et tourmenté tout au long de sa vie, on sent bien que Hugo a fini par trouver la paix de l’âme et la sérénité en embrassant la religion musulmane. Il a compris que dans l’angoissante existence de l’Au-delà, il fallait s’ancrer à quelque chose de solide, de consistant. Ce quelque chose de solide, de consistant, il a fini par le découvrir, l’aimer et le chanter. La France se grandirait et s’honorerait en levant la chape de plomb qui recouvre l’islamité de Hugo et en permettant la publication de tous ses manuscrits islamiques.

La France devrait, par ailleurs, permettre le transfert de ses cendres du Panthéon au cimetière musulman de Paris pour qu’il puisse reposer aux côtés de ses coreligionnaires. D’après son entourage, Victor Hugo avant de rendre son dernier souffle a dit : «En DIEU, tout, hors de DIEU, rien, je viens cher Compagnon»(18). Puisse Allah avoir en sa sainte miséricorde Abou Bakr Hugo. 

Un autre magicien du verbe, contemporain de Hugo, convaincu, lui aussi, du Message divin du Prophète Mohammed va, de son côté, porter haut l’étendard de l’Islam en France et sur le vieux continent. Il s’agit du prince des poètes, Alphonse de Lamartine.

                                   (A suivre)

Notes

[1]  Victor Hugo, L’an neuf de l’Hégire, La légende des siècles, Tome I, Editions GF, Flammarion, Paris, 1967, p209 Vers n°97 et 98.

2 V.Hugo a utilisé ici le mot arabe «Gehennam» qui veut dire Enfer.

3-L’An neuf de l’Hégire, un poème de Victor Hugo de 150 vers, dédié au Prophète Mohammed.

4  Victor Hugo, L’an neuf de l’Hégire, La légende des siècles, Tome I, Editions GF, Flammarion. Paris, 1967, p 209, Vers n°123, 124, 125 et 126.s

5  cf. Les études du professeur Hane Ibrahim publiées notamment sur le site de Abbas Ahmad Al-Bostani, traducteur de renom de livres islamiques. Www.bostani.com

6Charles Peguy, Victor-Marie Comte Hugi, Gallimard, Paris, 1934 Première édition 1910, page 116. cf. Henri Guillemin, « HUGO », page 65.

7 Victor Hugo,L’an neuf de l’Hégire,La Légende des siècles,Tome I,Editions GF,Flammarion,Paris,1967,Page 208,Vers n°57, 58, 59 et 60.

8 Coran, XCIX, La Secousse.

9  Les premiers traducteurs français du Coran comme Savary, faute de connaissances scientifiques appropriées, traduisirent alors l’expres-sion arabe مثقال ذرة  le poids d’un atome tantôt par le poids d’une fourmi, tantôt par le poids d’une mouche.

10 Victor Hugo, Verset du Koran, Légende des siècles.

11  Henri Guillemin, Hugo, p 65 ; 74.

12  cf. La Croix du 23 mai 1885.

13 cf. Hane Ibrahim, op.cit.

14  Victor Hugo, Cri de guerre du Mufti, les Orientales, op.cit.

15 Victor Hugo, Les Djinns, in Les Orientales, La Légendre des siècles, Editions GF, Flammarion, Paris, 1967.

16 Alain Decaux,«Hugo»,Editions Hachette,Paris,p1019.

17 cf. Pr.Hane Ibrahim, op. cit.

18 cf. les travaux du professeur Hane Ibrahim, op. cit.