L’onde de choc énergétique du détroit d’Ormuz: Partie 2 : Le Mémorandum d’Islamabad : vers une nouvelle architecture du Moyen-Orient et le grand défi d'Israël/Par Cheikh JIDDOU, juriste

25 June, 2026 - 08:32

L'annonce impromptue, ce 17 juin 2026, de la signature numérique d'un mémorandum d'accord en 14 points entre Donald Trump et Massoud Pezeshkian agit comme un véritable séisme géopolitique. Baptisé «Mémorandum d'Islamabad », ce texte jette les bases d'une trêve transitoire de 60 jours visant à clore un cycle d'affrontements directs destructeurs. Mais au-delà de l'encre des diplomates, ce document se transpose sur les réalités du terrain par une volonté immédiate de désamorcer les crises économiques et militaires qui asphyxiaient la région.

Sur le plan opérationnel, la priorité absolue est la sécurisation des voies maritimes, notamment par la levée du blocus naval américain en échange du déminage et de la réouverture du détroit d'Ormuz par l'Iran. Cette mesure, détaillée dans les points quatre et cinq, est perçue comme une bouffée d'oxygène pour le commerce mondial, transformant une zone de guerre d'usure en un passage sécurisé pour les navires commerciaux. Parallèlement, le point premier du mémorandum impose une discipline de fer au Liban, exigeant la cessation immédiate des hostilités sur tous les fronts, ce qui place le Hezbollah et les forces israéliennes dans une situation de face-à-face figé par la diplomatie.

La dynamique régionale est profondément redessinée par un virage transactionnel où Washington et Téhéran tentent de régler par la négociation ce qu'ils n'ont pu obtenir par les bombardements. L'axe majeur de cette nouvelle architecture repose sur le point six, qui prévoit un plan colossal de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iran avec l'appui des pétromonarchies du Golfe. Pour le régime iranien, cette reconnaissance de souveraineté s'accompagne d'une survie financière immédiate grâce aux dérogations sur l'exportation du pétrole et au déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs gelés. En contrepartie, l'Iran s'engage au point neuf à maintenir le statu quo nucléaire pendant les 60 jours de négociation, tout en réaffirmant qu'il ne cherche pas l'arme atomique.

L'avenir sécuritaire d'Israël constitue cependant le point de friction le plus brûlant de cet accord négocié en grande partie sans l'aval de Tel-Aviv. L'establishment sécuritaire israélien redoute que ce répit financier ne permette à l'Iran de recharger les coffres de ses proxys, tels que le Hezbollah et les Houthistes, sous couvert d'une trêve de façade. De plus, Israël craint que ce cadre de 60 jours ne serve qu'à sanctuariser le seuil nucléaire iranien tout en limitant la liberté d'action de l'armée israélienne en Syrie ou au Liban. À terme, ce mémorandum force Israël à un choix existentiel : s'intégrer dans cette architecture de sécurité parrainée par les États-Unis et le Golfe ou choisir la voie de l'action unilatérale au risque d'une rupture historique avec son allié américain.

1. Les réalités du terrain : du blocus à la reconstruction

Sur le plan immédiat, le Mémorandum d'accord cherche à désamorcer les bombes à retardement, à la fois économiques et militaires, qui asphyxiaient la région toute entière et menaçaient la stabilité mondiale.

La mesure la plus urgente concerne la réouverture du Détroit d'Ormuz, l'une des voies navigables les plus vitales de la planète. Conformément aux points 4 et 5 du texte de l’Accord de Mémomrendum, les États-Unis s'engagent à lever complètement leur blocus naval sur les ports iraniens sous trente (30) jours, tandis que l'Iran doit assurer le déminage et garantir le passage sécurisé et gratuit des navires commerciaux par ce Détroit. Pour le commerce mondial, cette décision agit comme une véritable bouffée d'oxygène, marquant la fin d'une guerre d'usure maritime particulièrement coûteuse.

Parallèlement à cette désescalade navale, l'accord instaure un gel stratégique des activités sensibles pour permettre la reprise du dialogue diplomatique. En vertu du point 9 du même texte, Téhéran s'engage à maintenir le statu quo de son programme nucléaire pendant la durée des négociations, fixée à soixante (60) jours . En contrepartie, Washington active immédiatement le point 10 du texte en émettant des dérogations permettant à l'Iran d'exporter son pétrole brut et d'accéder aux services bancaires et de transport nécessaires. Ce compromis jette également les bases du point 6 de l’Accord, un plan colossal de 300 milliards de dollars destiné à la reconstruction et au développement économique de l'Iran, soutenu par des partenaires régionaux (les pétromonarchies du Golfe sans les citer nommément) afin d'acheter la paix par l'interdépendance économique.

Cependant, la réalité la plus complexe et la plus fragile sur le terrain demeure le front libanais, qui reste pour l'instant en sursis. Le point 1 du Mémorandum exige en effet la cessation immédiate et permanente des hostilités sur tous les fronts, en mentionnant explicitement le Liban pour garantir son intégrité territoriale et sa souveraineté. Sur le terrain, cette clause impose au Hezbollah ainsi qu’à l’armee israélienne une discipline de fer, alors même que les affrontements étaient encore d'une violence extrême la veille de la signature. Cette accalmie forcée transforme la zone en un théâtre d'observation tendu, où chaque acteur doit réévaluer sa stratégie face à une architecture de sécurité désormais parrainée par Washington et Islamabad.

2. Le séisme géopolitique : l'axe Washington-Téhéran redessiné

Ce mémorandum consacre une rupture majeure : les États-Unis et l'Iran choisissent, par pragmatisme, la voie transactionnelle pour éviter l'effondrement mutuel ou une guerre régionale totale. En s'asseyant à la table des négociations, les “deux puissances” tentent de régler diplomatiquement ce qu'elles ont échoué à obtenir par les bombardements et les drones.

Ce pivot bouscule les alliances traditionnelles, car il repose sur le respect mutuel de la souveraineté et l'engagement de non-ingérence, comme stipulé dans le point 2 du Mémorendum. En actant cette reconnaissance mutuelle, Washington et Téhéran cherchent à clore un cycle de deux (2) mois d'affrontements directs particulièrement destructeurs.

Au cœur de cette nouvelle architecture, Washington tente d'acheter la paix par l'interdépendance économique en intégrant un plan de développement colossal de 300 milliards de dollars. Ce plan, détaillé au point 6, implique des partenaires régionaux, vraisemblablement les pétromonarchies du Golfe, pour assurer la reconstruction et le développement de l'Iran.

Pour le régime iranien, dont la politique économique et sociale a été contestée en interne quelques mois avant le déclenchement de la guerre, cet accord offre une véritable bouée de sauvetage financière. Cette survie économique est immédiatement activée par le point 10 du Mémorendum, qui autorise l'exportation du pétrole brut, et par le point 11, qui prévoit le déblocage d'environ 24 milliards de dollars d'avoirs gelés désormais utilisables par la Banque centrale iranienne.

Toutefois, ce pragmatisme laisse de côté les questions les plus épineuses, dont le sort est reporté à l'accord final. Si le point 8 réaffirme que l'Iran ne cherche pas l'arme nucléaire, le démantèlement définitif de son outil atomique ou balistique n'est pas acté. Pendant la période de transition de 60 jours, le point 9 se contente de maintenir le statu quo nucléaire, une situation qui permet à Téhéran de préserver ses capacités techniques tout en bénéficiant de la levée des sanctions. Cette approche "par étapes" permet aux deux parties de tester leur bonne foi respective avant de s'engager dans un traité contraignant validé par l'ONU.

Cette configuration déplaît profondément à Tel-Aviv, car elle place Israël face à une nouvelle donne géopolitique où l'Iran est réintégré au jeu des nations. Le gouvernement sioniste et l’armée israélienne voit d'un très mauvais œil l'octroi de dérogations économiques et d'un chèque de reconstruction à son principal adversaire. La crainte majeure est que cette manne financière ne serve, à terme, à recharger les coffres des proxys comme le Hezbollah ou les Houthistes, malgré la cessation des hostilités exigée au point 1du Mémorendum. Pour Israël, ce mémorandum ne fait que sanctuariser le seuil nucléaire iranien tout en limitant la liberté d'action militaire de Tsahal au Liban et en Syrie.

3. Quel avenir pour Israël face à cette nouvelle donne ?

L'avenir d'Israël face à cette nouvelle donne constitue le point de friction le plus brûlant de cet accord, car le mémorandum s'est négocié en grande partie sans l'aval de Tel-Aviv, plaçant l'État hébreu face à un dilemme existentiel et stratégique majeur. Pour Israël, voir son principal allié américain accorder des exemptions de sanctions massives et planifier un chèque de reconstruction pour Téhéran est une pilule extrêmement amère qui brise l'illusion d'un confinement efficace de la République islamique. La perspective d'une résurgence financière de l'Iran, alimentée par les dérogations sur l'exportation du pétrole prévues au point 10 du Mémorendum et le déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs gelés selon le point 11, alimente une crainte omniprésente.

Cette nouvelle réalité géopolitique semble également marquer la fin de l'horizon d'un « Grand Israël », obligeant Benyamin Netanyahou à des concessions pragmatiques sous une immense pression de l'administration américaine. Bien que Washington exprime l'espoir d'un ralliement futur de Tel-Aviv à l'accord, la réalité du terrain demeure nuancée et tendue. Israël redoute particulièrement que le cadre de soixante jours (60) imposé par le point 9 ne serve qu'à sanctuariser le seuil nucléaire iranien sans démanteler ses capacités. En conséquence, l’armée israélienne n'entend pas abandonner sa “liberté d'action” au Liban ou en Syrie, se réservant le droit d'intervenir si des transferts d'armes sophistiquées reprennent sous le couvert de la désescalade, d'autant plus qu'Israël n'est pas signataire de la cessation des hostilités mentionnée au point 1 du Mémorendum d’Islamabad.

À plus long terme, si ce mémorandum transitoire se transforme en un traité contraignant validé par le Conseil de sécurité de l'ONU, comme le prévoit le point 14, Israël se trouvera contraint de redéfinir intégralement sa doctrine de défense : soit l’intégration soit l’isolement. Le pays devra alors choisir entre une intégration forcée dans cette nouvelle architecture de sécurité régionale, parrainée par Washington et les pétromonarchies du Golfe via le plan de reconstruction du point 6, ou la voie de l'action unilatérale préemptive. Ce second choix, bien que fidèle à la tradition sécuritaire israélienne, comporterait le risque inédit d'une rupture historique avec la Maison-Blanche dans un Moyen-Orient où l'Iran est désormais réintégré au jeu des nations.

En résumé, ce mémorandum d'accord en 14 points est une architecture provisoire hautement inflammable. Il offre un répit aux populations, aux Etats et aux marchés, mais laisse Israël face à une transition géopolitique majeure où sa survie et sa dissuasion ne dépendront plus de la promesse d'un alignement automatique de Washington, mais de sa capacité à naviguer seule dans un Moyen-Orient où l'Iran est réintégré et où il désormais son mot à dire. Les 60 prochains jours dicteront, en réalité, le siècle à venir. Quant à la Chine, elle dans sur un seul pied !