Le mois maudit

23 August, 2026 - 23:49

Heureusement qu'il est parti, le mois de Juillet, sans faire de nouveaux dégâts pour le pays ! Ce mois dont le 10 avait brisé, naguère, l'espoir d'un peuple, la grandeur d'une nation et l'ambition d'un État moderne respecté par tous. Fini la rigueur de l'autorité publique agissant dans l'intérêt national, pour céder la place au clanisme et servir les intérêts personnels ! Aucun membre de l'ancien régime civil taxé de corruption n'avait pourtant de comptes à l'étranger ni de villas partout dans le Monde. Mais celui qui veut tuer son chien l'accuse de la rage.

Le virage mal négocié du 10 Juillet 1978 changea de fond en comble l'orientation politique et le paradigme de gestion de notre pays. Mettons les projecteurs sur les principales décisions-phares du ce jour maudit : piteuse sortie du Sahara, après avoir pourtant gagné la guerre dont le fardeau financier avait été supporté par l'Arabie saoudite et la couverture aérienne assurée par la France. Après cette reddition que la situation sur le terrain ne justifiait pas et l'annulation de tous les projets d'envergure, comme le raffinage du pétrole à Nouadhibou ou celui de la canne à sucre, par exemple, d'autres décisions étonnantes furent prises dans le cadre de la « philosophie » du 10 Juillet. Notamment la mise au rebut du mérite, en ce qui concerne le concours d'entrée en première année-collège, et ne plus prendre en considération cette qualité dans toute la vie nationale. Un élève était ainsi déclaré admis avec seulement 60 points dans une région, tandis qu'un autre était, ailleurs, déclaré ajourné avec 100 points. Cette logique qui faisait réussir les mauvais et échouer les bons a eu des impacts négatifs sur toute l'Administration et même sur le train de vie de l'État.

Sur le plan de la cohésion sociale, le 10 Juillet fit émerger une « élite » qui écrasa tantôt les Nasséristes, tantôt les Baathistes et les radia, avant de faire de même avec les Négro-mauritaniens. Fondée sur les complots, cette démarche a fragilisé le front intérieur. De nos jours, les héritiers des putschistes qui ont épaulé et contribué à la candidature de Biram aux élections présidentielles, afin de canaliser les électeurs indécis à voter pour le pouvoir contre le « dangereux Biram », ne savent plus que faire avec celui-ci. La balle est partie. Jusque-là unie, la composante maure risque elle aussi de se disloquer. Les discours séparateurs sont devenus un fonds de commerce, pour l'extérieur, et un moyen de galvaniser les électeurs, sur le plan intérieur.

La gestion de cette élite a eu, pour résultats, un pays surendetté ; une économie figée ; une pauvreté endémique qui touche la quasi-totalité de la population ; un enseignement paralysé et des « responsables » courant derrière leurs intérêts personnels. La seule marge de manœuvres, semble-t-il, consiste à distribuer aux couches défavorisées quelques miettes, infime pourcentage de l'argent tiré de leurs poches à travers une pile d'impôts et taxes sur tous les produits de consommation. Dans cet environnement, on parle d'un mort-né : le dialogue national qui pourrait, dans le meilleur des cas, atténuer quelque temps les mécontentements de certains acteurs… pour aiguiser ceux des autres. Mais, tant que la restitution des biens mal acquis ne sera pas au programme pour alimenter les caisses de l'État, aucun dialogue national ne mettra fin au problème majeur : la répartition inéquitable des richesses.

Bref, si la Mauritanie procède au jugement du 10 Juillet, celui-ci sera condamné à la peine capitale par pendaison, sous les applaudissements du peuple mauritanien uni, comme par le passé, pour forger son destin, bâtir une Mauritanie dans la justice sociale et la prospérité économique. Les atouts ne manquent pas, il faut savoir comment agir ; et vite… avant qu'il ne soit trop tard.

 

Mohamed Ahmed Cheikh

Ingénieur