
L'accent mis par le président de la République, lors de sa conférence de presse, sur le renforcement du rôle des institutions et sur la nécessité de les laisser exercer leurs prérogatives sans intervention directe constitue, dans son principe, une orientation juste. C'est même l'un des fondements essentiels de la construction d'un État moderne. Toutefois, la réussite d'une telle approche ne dépend pas uniquement de la bonne volonté ; elle exige également un environnement administratif solide et une véritable culture institutionnelle.
Notre société est encore en phase de transition : elle évolue progressivement d'une culture centrée sur les personnes vers une culture fondée sur les institutions, et d'un fonctionnement basé sur les relations personnelles vers le respect du droit et des procédures. Dans un tel contexte, déléguer des pouvoirs sans un contrôle rigoureux peut ouvrir la voie à des dysfonctionnements, notamment dans les domaines de la gestion administrative et financière.
C'est pourquoi la consolidation du travail institutionnel doit aller de pair avec une application stricte des mécanismes de contrôle, de reddition des comptes et des sanctions prévues par la loi. Les organes chargés de l'inspection, de l'audit et du contrôle administratif ne sont pas de simples structures formelles ; ils constituent la véritable garantie du bon fonctionnement des autres institutions. Eux-mêmes doivent, à leur tour, faire l'objet d'un suivi rigoureux afin de s'assurer qu'ils accomplissent leur mission avec indépendance et efficacité.
Dans ce contexte, certains acteurs politiques, dont le leader Biram Dah Abeid, estiment que le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani privilégie un mode de gouvernance fondé sur une large confiance accordée à ses collaborateurs. Selon cette lecture, cette méthode s'apparente à celle de certains maîtres spirituels qui confient des responsabilités à leurs disciples en s'en remettant à leur loyauté et à leur conscience. Il s'agit toutefois d'une appréciation politique qui reflète le point de vue de son auteur et qui demeure ouverte au débat.
La véritable question est donc la suivante : la confiance, à elle seule, suffit-elle pour gouverner un État ? Ou bien le succès du travail institutionnel exige-t-il que la confiance soit accompagnée d'un contrôle effectif et que la délégation des responsabilités s'accompagne d'une reddition de comptes qui n'épargne personne ?
Les États ne se construisent ni par la seule confiance, ni par le seul contrôle, mais par un équilibre judicieux entre les deux.
Brahim Ould Saleh
Écrivain et analyste politique




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