
Les industries de pêche de Nouakchott en proie à une grave crise énergétique
Les usiniers et exportateurs de produits halieutiques à Nouakchott tirent la sonnette d’alarme face aux conséquences de la crise électrique qui affecte la capitale depuis l’incendie ayant endommagé, fin Août, deux transformateurs 15/33 kV de la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC). La panne, qui avait touché six des neuf communes de Nouakchott, a été suivie par la persistance de coupures et de délestages, parfois supérieurs à douze heures, perturbant fortement le fonctionnement des unités industrielles spécialisées dans la transformation et l’exportation des produits de la pêche.
Dans ce secteur, la disponibilité permanente de l’électricité est indispensable au fonctionnement des chambres froides, des équipements de traitement et des lignes de conditionnement. Le recours aux groupes électrogènes ne permet pas, selon les opérateurs, de compenser durablement les interruptions du réseau. Réunis jeudi en session de crise, les membres du Comité des Usiniers de la Fédération nationale des pêches, section Sud, ont fait état de pertes importantes et exprimé leurs inquiétudes quant à la poursuite de leurs activités. La réunion était présidée par Béchir Hassena.
La section Sud regroupe une cinquantaine d’opérateurs industriels établis à Nouakchott. Plusieurs responsables, dont le secrétaire général de la section Sud, Isselmou Kerballi, et l’usinier Abidine Sidati, ont exposé les difficultés rencontrées et proposé des démarches auprès des autorités. À l’issue de cette réunion, les industriels ont adressé des correspondances au président de la République, au Premier ministre, au ministre de la Pêche et des Infrastructures maritimes, au ministre de l’Énergie et du Pétrole ainsi qu’au directeur général de la SOMELEC.
Dans ces correspondances, les opérateurs décrivent une situation « extrêmement préoccupante », marquée par plusieurs jours consécutifs de privation d’électricité, ayant entraîné des pertes de stocks de poissons et une dégradation de la qualité des produits. Certaines unités dépourvues de groupes électrogènes auraient notamment enregistré la détérioration, voire la perte, d’une partie de leurs stocks. Les industriels indiquent avoir documenté ces dommages à travers des photographies, ainsi que des constats et certificats établis par l’Office national d’inspection sanitaire des produits de la pêche et de l’aquaculture (ONISPA).
Les opérateurs affirment par ailleurs que les coupures se poursuivent depuis le 27 Août. Ils citent notamment une interruption de l’alimentation électrique d’environ 18 heures enregistrée entre le 31 Août et le 1er Septembre dans certaines usines. Les pertes financières sont estimées par les professionnels à plusieurs millions de MRU. Au-delà des dommages déjà enregistrés sur les stocks, les industriels redoutent désormais une paralysie prolongée de leurs activités, avec des conséquences sur les exportations et l’emploi. Ils alertent notamment sur le risque de destruction de plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, si la situation énergétique venait à se prolonger. Face à cette situation, les usiniers demandent une intervention urgente des autorités afin de rétablir une alimentation électrique stable et durable pour les unités industrielles de pêche et limiter les pertes subies par le secteur.
Nouakchott : les prix du poisson s’envolent sur les marchés
Les prix du poisson connaissent une forte hausse sur les marchés de Nouakchott, en raison notamment de la baisse de l’offre liée au déplacement d’une partie des pêcheurs vers le Nord du pays, à la faveur de la campagne du poulpe, selon des professionnels du secteur. La reprise de la pêche au poulpe a en effet entraîné une importante migration de pêcheurs et d’embarcations vers les zones de Nouadhibou et de Tanit, où les activités liées à cette ressource sont jugées plus rentables. Ce déplacement réduit les débarquements destinés au marché de Nouakchott et accentue le déséquilibre entre l’offre et la demande.
« Le poisson manque actuellement sur le marché de Nouakchott », expliquent des professionnels, qui attribuent cette situation au ralentissement de l’activité de pêche dans les zones proches de la capitale pendant la campagne du poulpe. Cette baisse de l’offre intervient alors que la demande reste particulièrement importante à Nouakchott, qui concentre plus du quart de la population mauritanienne.
Sur les étals, les conséquences sont visibles. Le kilo de mérou atteint environ 5.800 anciennes ouguiyas, tandis que la courbine de taille moyenne se vend entre 1.700 et 1.800 anciennes ouguiyas. Le grand format peut atteindre 2.700 à 2.800 anciennes ouguiyas. À cette pression sur l’offre s’ajoute la hausse des coûts d’exploitation, notamment celui de la glace utilisée pour la conservation du poisson, ce qui alourdit les charges des pêcheurs, mareyeurs et vendeurs.
Selon les dernières données disponibles de l’Agence nationale de la statistique et de l’analyse démographique et économique (ANSADE), les prix du poisson ont enregistré une progression de 64,1 % en glissement annuel en Août 2026, illustrant l’ampleur de la tension sur ce produit alimentaire. Les vendeurs déplorent une situation qui affecte directement les ménages, particulièrement les familles à revenus modestes, alors que leurs propres marges restent limitées.
Des professionnels appellent ainsi à rechercher un meilleur équilibre entre les activités d’exportation des produits halieutiques et l’approvisionnement du marché intérieur, afin de garantir aux consommateurs mauritaniens un accès régulier au poisson à des prix abordables. Le poulpe constitue par ailleurs l’une des principales ressources halieutiques d’exportation de la Mauritanie et représente une part importante de la valeur des exportations du secteur.




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