
Le samedi 5 septembre 2026, vers 14h30, un bâtiment public en construction s'est effondré dans la moughataa de Maal, dans la wilaya du Brakna, à environ 65 kilomètres au sud-est d'Aleg. Destiné à abriter une station-service, l'édifice s'est écroulé alors que dix ouvriers se trouvaient sur le chantier. Le bilan définitif est lourd : cinq morts et cinq blessés de gravité variable. Les équipes de la sécurité civile, venues d'Aleg, de Kaédi et de Nouakchott, ont été immédiatement dépêchées sur place pour les opérations de recherche et de déblaiement. Le wali du Brakna a interrompu son congé pour superviser les secours, sur instruction directe du président de la République.
Cet accident tragique n'est malheureusement pas un cas isolé. Il s'inscrit dans un phénomène inquiétant qui touche de nombreux ouvrages publics en Mauritanie : routes et bâtiments neufs qui se fissurent, se dégradent et parfois s'effondrent en quelques mois à peine. Face à ce drame, une question s'impose avec urgence : que disent ces effondrements répétés de la qualité des matériaux de construction, de la compétence des entrepreneurs et de l'intégrité des bureaux de contrôle chargés de veiller à la bonne exécution des travaux ?
À Maal, le drame a frappé en plein jour. Le bâtiment, encore en chantier, s'est effondré brutalement alors que les ouvriers s'affairaient à l'intérieur. Les premiers secours ont été rapidement organisés : le ministre de l'Intérieur a chargé le délégué général à la Sécurité civile de coordonner les opérations, et une mission de haut niveau est arrivée de Nouakchott pour présenter les condoléances aux familles des victimes. Un bilan provisoire faisait état de deux morts avant que le chiffre définitif ne soit établi à cinq décès.
Mais au-delà de l'émotion légitime et de la mobilisation des autorités, cet effondrement soulève des interrogations fondamentales sur les pratiques du secteur du BTP en Mauritanie. Comment un bâtiment public, censé être construit dans les règles de l'art, peut-il s'écrouler avant même d'avoir été achevé ?
Pour mesurer l'ampleur de la dégradation des standards de construction, il suffit de jeter un regard sur les édifices hérités de la période coloniale ou des premières années de l'indépendance. Ces bâtiments, construits avec des matériaux robustes et selon des normes rigoureuses, sont encore debout aujourd'hui, solides et résistants. Leur structure est si massive qu'il est parfois difficile d'y effectuer la moindre modification : installer un climatiseur ou fixer des rideaux peut s'avérer être un défi technique. Ces constructions ont traversé les décennies sans fissures majeures, témoignant d'une époque où la durabilité primait sur les économies budgétaires.
Ce contraste saisissant entre le bâti ancien et les réalisations contemporaines est un indicateur éloquent de la dérive actuelle. Là où nos prédécesseurs construisaient pour durer, nous bâtissons aujourd'hui pour l'instant, avec des matériaux souvent de piètre qualité et des méthodes expéditives.
Une priorité, maximiser les bénéfices
L'effondrement de Maal est le reflet d'un mal plus profond : la prévalence des intérêts privés sur l'intérêt général. Trop souvent, les entrepreneurs attributaires des marchés publics privilégient la maximisation de leurs bénéfices au détriment de la solidité et de la sécurité des ouvrages. L'utilisation de matériaux bon marché, non conformes aux normes, est une pratique courante. Les routes refaites à neuf se fissurent en quelques semaines, les bâtiments publics affichent des lézardes avant même leur réception définitive.
Ce phénomène est aggravé par la complicité, ou à tout le moins la négligence, des bureaux de suivi et de contrôle. Ces structures, censées garantir la conformité des travaux, ferment trop souvent les yeux sur les malfaçons, soit par corruption, soit par manque de rigueur. Leur mission première – protéger la chose publique – est reléguée au second plan, tandis que les intérêts financiers des opérateurs économiques priment sur la sécurité des citoyens et des ouvriers.
Les drames comme celui de Maal ne sont pas une fatalité. Ils sont la conséquence directe d'un système où l'éthique professionnelle et le respect des normes sont sacrifiés sur l'autel du profit. Il est urgent de tirer les leçons de ces tragédies et de prendre des mesures radicales : renforcement des contrôles, sanctions exemplaires contre les entrepreneurs et les bureaux de suivi fautifs, et exigence de matériaux répondant à des standards de qualité élevés.
Le président de la République a ordonné la mobilisation de tous les moyens pour secourir les victimes. Mais au-delà de la gestion de l'urgence, c'est une véritable refonte des pratiques du secteur de la construction qui s'impose. Les Mauritaniens méritent des bâtiments et des routes qui ne menacent pas leur vie, des ouvrages qui, comme ceux du passé, résistent au temps et aux intempéries. L'effondrement de Maal doit être un électrochoc, le signal d'une prise de conscience collective : la qualité et la sécurité ne sont pas des options, ce sont des impératifs catégoriques.
Seyid Mohamed Beibakar
Colonel à la retraite




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