Aziz se rappelle au bon souvenir du Président : ‘’Coucou, je suis là !’’

23 September, 2026 - 12:27

L’ancien président Mohamed ould Abdel Aziz, incarcéré depuis quelques années, a repris la plume. Il a adressé une nouvelle correspondance directe à son successeur, Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, son compagnon d'armes et alter ego depuis quarante ans. Une certitude s'impose : l'ex-chef de l'État ne quémande pas une amnistie. Ses soutiens ont toujours exclu cette option et le « président-marabout » garde le silence sur ce point.

Déposée officiellement à la présidence par son collectif de défense, cette lettre écrite et signée s'articule autour de sa santé. L'ancien Président y réclame une évacuation sanitaire à l'étranger et accuse le ministère de la Justice d'obstruer ses soins dans des structures spécialisées, dénonçant  une  volonté  délibérée  de le « briser ». Pour rappel, Mohamed ould Abdel Aziz purge une peine de 15 ans de prison ferme, prononcée en appel en Mai 2025 pour enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et abus d'influence dans l'affaire dite de la « Décennie ».

 

Refus de se laisser oublier ?

Ce courrier surgit dans un contexte politique lourd : les derniers arbitrages du dialogue politique national, les débats autour d'un éventuel troisième mandat et l'arrestation du général Lebatt Ould Maayouf. Si la missive interpelle les observateurs, elle laisse perplexes des Mauritaniens éprouvés par les délestages chroniques, la cherté de la vie et un hivernage déficitaire. Démarche strictement humanitaire ou calcul politique ? Son vieil ami de quarante ans fera-t-il preuve de clémence cette fois-ci ?

Cette lettre intervient au moment même où la classe politique mauritanienne s'attèle à la préparation du dialogue national initié par le chef de l'État. Bien que centrée sur des recommandations médicales, cette démarche dépasse largement le cadre d'un simple appel à la compassion. En réactivant son cas personnel, l'ancien Président cherche à reprendre la parole et à saturer l'espace public. Cette initiative fait écho à une précédente correspondance où il contestait la confiscation de ses biens et dénonçait une instrumentalisation de l'appareil judiciaire.

 

Un face-à-face persistant

Le principal enjeu de ce courrier réside dans le choix stratégique de son expéditeur. En ignorant les autorités judiciaires et pénitentiaires pour s'adresser directement à Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, Ould Abdel Aziz refuse de banaliser son statut de détenu. Il maintient vivace l'idée d'un contentieux strictement politique entre l'actuel chef de l'État et celui qui l'a précédé. En affirmant que le pouvoir cherche à le détruire, l'ex-Président continue de façonner son propre récit du dossier, au-delà des vérités judiciaires établies.

La question médicale introduit un facteur émotionnel et hautement sensible. Selon des sources locales, le courrier est étayé par des rapports médicaux soulignant l'urgence de soins hors de Mauritanie, des recommandations restées sans suite, selon ses avocats. Ce traitement médiatique se heurte toutefois au discours officiel. Par le passé, le Parquet général avait vigoureusement soutenu que le détenu bénéficiait d'un suivi adéquat, dispensé par les médecins de son choix et dans des structures locales adaptées. La santé de l'ancien Président devient ainsi le nouveau théâtre d'une guerre de récits : l'urgence humanitaire défendue par les proches d'Aziz face aux garanties de l'État de droit brandies par les autorités.

 

Quel impact sur le dialogue national ?

Alors que les commissions s'organisent pour lancer le dialogue national, l'irruption du dossier Aziz pourrait parasiter l'agenda. L'ancien Président tente visiblement d'éviter que son cas ne soit définitivement scellé par les tribunaux. En prenant l'opinion publique à témoin, il invite, de fait, sa situation personnelle à la table des discussions sur la gouvernance, la justice et les libertés publiques.

La question est désormais de savoir comment réagira la classe politique. Si une partie de l'opposition pourrait utiliser ce dossier pour interroger le respect des droits des détenus, le pouvoir, lui, se retranchera derrière l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. Jusqu'où le chef de l'État peut-il s'immiscer dans un dossier judiciaire pour répondre à un ancien pair ?

 

L'interminable duel Aziz-Ghazouani

Loin de clore le chapitre, cette lettre réactive une confrontation qui dure depuis 2019. Des biens confisqués aux bulletins de santé, la cible d'Aziz demeure inchangée : la responsabilité directe de Mohamed ould Cheikh El Ghazouani. Le silence ou la réponse de la présidence face à cette demande d'évacuation sera scruté de près. À l'aube d'une séquence politique charnière pour le pays, Mohamed ould Abdel Aziz vient de rappeler qu'il n'entend pas se laisser oublier au fond de sa cellule.

 

Dalay Lam