
Beauvais. Le radiologue Ahmed Amou Ould Moustapha a développé l’algo-radiologie interventionnelle : une technique encore peu répandue entre Paris et Lille, pour soigner au millimètre près les douleurs liées aux articulations.
Allongée sur son lit médicalisé, Marie-Ange doit supporter, même si elle souffre. Une seringue remplie de 2 ml d’antidouleur est en train de s’enfoncer peu à peu dans son pouce endolori. De l’autre côté de l’aiguille, le docteur beauvaisien Ahmed Amou Ould Moustapha manie avec précaution la seringue et l’échographie qui lui sert de guide pour insérer le produit au bon endroit. Cette intervention médicale impressionnante à un nom : l’algo-radiologie.
« Je n’ai plus souffert pendant 1 an »
Pour Marie-Ange, atteinte de poly-arthrite rhumatoïde, une maladie chronique qui s’attaque aux articulations et provoque des douleurs, la découverte de cette technique médicale a été un soulagement. « J’ai déjà fait une séance de ce type et je n’ai plus souffert pendant 1 an », raconte-t-elle. Une opération d’autant plus importante pour cette aide-soignante qui a besoin de ses mains pour travailler.
C’est pour ce genre de patients que le docteur Ould Moustapha a décidé de se spécialiser dans l’algo-radiologie. « ça fait trois ans que je fais ça, c’est ma passion, lance-t-il avant de décrire sa méthode, le problème avec les antidouleurs classiques à avaler, c’est que le produit se diffuse dans tout le corps. Seule une petite partie de la dose ingérée va atteindre la zone enflammée ».
Pour remédier à cela, l’algo-radiologie propose une intervention ciclée, directement dans l’articulation malade. « Mais nous n’y allons pas à l’aveugle, rassure le docteur. On se sert de l’échographie, de la radiologie et du scanner pour se guider très précisément dans la zone touchée ». Une méthode qui lui permet de soigner les sciatiques, l’arthrose et autres douleurs aux articulations.
Méthode peu démocratisée
Compiègne, Beauvais, Paris, le médecin croule sous les demandes, « je suis complet jusqu’à la mi-novembre, indique-t-il en désignant la grande pile de dossiers posés sur son bureau. Et encore, chez certains à Paris, l’attente est plus longue, jusqu’à 6 mois ». Pourquoi ? Tout simplement car cette méthode est encore peu répandue chez les radiologues. Il suffit de contacter le CHU d’Amiens pour demander une séance d’algo-radiologie, « on ne fait pas, et dans la région il faut essayer vers Lille ou Paris », indique le service de l’hôpital. Dans l’Oise, le docteur Ould Moustapha ne connait « personne d’autre » qui pratique cette méthode. Nous n’avons pas pu contacter la fédération nationale des médecins radiologues (FNMR).
Selon le docteur Ould Moustapha, le manque de professionnels spécialistes de cette méthode s’explique en partie par la durée de l’intervention-comptez une demi-heure en moyenne par patient. Mais pas que : ‘’Il y a la responsabilité aussi, c’est un acte médical qui comporte des risques’’, explique celui qui fait remplir un questionnaire aux personnes sur qui il intervient. Malgré tout, il espère que l’algo-radiologie va se développer davantage. ‘’Il faut soulager les gens, c’est notre métier.’’
Noam Bel Khader (Le courrier Picard)




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