Le 7 octobre 2023 ou « Toufan Al-Aqsa » (suite et fin): Trois ans après, un monde ébranlé par les agissements d’Israël.Par Ahmed Salem Elmoctar (Cheddad)

26 October, 2026 - 09:37

Gaza : la destruction d’un territoire et d’une société
Les Nations unies et les institutions internationales, entravées par Israël et les USA, ont été profondément ébranlées par une succession d’événements qui mettent à l’épreuve leur capacité à faire respecter le droit international.
Malgré leurs limites, plusieurs de ces institutions ont dénoncé les violations des droits humains et du droit international humanitaire commises dans le cadre des opérations israéliennes, menées avec le soutien politique et militaire des États-Unis.
La bande de Gaza a subi des destructions d’une ampleur exceptionnelle. Ses infrastructures, ses logements, ses établissements de santé et ses services essentiels ont été frappés à une échelle dévastatrice.
Le bilan humain s’est alourdi de manière dramatique, avec des dizaines de milliers de morts, parmi lesquels de nombreuses femmes et de nombreux enfants. Les blessés, les personnes disparues et les détenus viennent s’ajouter à cette tragédie. Les cimetières, les sites historiques et le patrimoine historique de ce territoire, berceau de l’humanité, ont également subi des dommages considérables.
Les déplacements forcés de populations, les restrictions à l’acheminement de l’aide humanitaire et les privations de nourriture et d’eau ont aggravé les conditions de vie des habitants déjà en détresse.
Quant au système éducatif, il a été profondément détruit, privant des générations entières d’enfants de leur droit à l’instruction.
Voilà la réalité quotidienne d’une population prise au piège d’une guerre dont elle ne maîtrise ni le déclenchement ni l’issue.
Des initiatives ont pourtant été entreprises par différentes parties, organisations et personnalités de bonne volonté pour tenter de trouver une issue à cette crise humanitaire sans précédent. Mais le blocage des USA et d’Israël ajouté à des désaccords politiques, des  exigences contradictoires et l’absence d’un compromis durable ont empêché l’émergence d’une solution à la hauteur de la tragédie.
L’agenda militaire et territorial du gouvernement israélien a constitué, selon de nombreux observateurs, un obstacle majeur aux perspectives de règlement.
La vieille logique coloniale
Pour les dirigeants israéliens, la neutralisation du Hamas et du Hezbollah libanais a été présentée comme une condition essentielle de la sécurité d’Israël.
Mais peut-on réellement résoudre une question politique et historique par la seule force militaire ? Peut-on supprimer les causes d’un conflit en cherchant uniquement à éliminer ceux qui résistent à l’ordre établi ?
L’histoire des guerres de décolonisation nous enseigne que les puissances dominantes ont souvent tenté de neutraliser leurs adversaires avant d’envisager toute concession politique. Cette stratégie a parfois prolongé les conflits, au lieu de les résoudre.
Dans cette perspective, la question palestinienne ne peut être réduite à une simple confrontation sécuritaire. Elle renvoie également à l’occupation, à la dépossession, au droit à l’autodétermination et à l’absence d’une solution politique durable.
Le terme terroriste, découverte impérialiste contemporaine, est collé à toute volonté de résistance à l’occupation et à l’arbitraire néocolonial.  Il est devenu omniprésent dans le discours politique contemporain, et parfois appliqué indistinctement à des acteurs et à des situations pourtant différents.
Quand l’Iran donne des leçons à l’Oncle Sam
Pour atteindre ses objectifs stratégiques, Israël a bénéficié d’un soutien sans limites des États-Unis et d’un appui considérable de plusieurs pays occidentaux, notamment européens.
Dans ce contexte, l’Iran est apparu comme le principal obstacle régional face aux ambitions stratégiques israéliennes.
Les agressions militaires ouvertes et sans préalables d’Israël des États-Unis contre l’Iran ont ainsi ouvert un nouveau chapitre de l’instabilité au Moyen-Orient. Elles ont mis en évidence les limites de la puissance militaire lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une stratégie politique susceptible de produire un règlement durable.
À mes yeux, les résultats de ces affrontements doivent être appréciés à l’aune des objectifs annoncés par leurs protagonistes, des capacités militaires préservées et des conséquences stratégiques à long terme. La seule intensité des bombardements, sous forme d’agression extérieure, ne suffit pas à établir qu’une guerre a atteint ses objectifs.
L’Iran, de son côté, a démontré combien elle est capable de faire face aux agressions impérialistes et sa capacité à résister à une pression militaire considérable.
Ces guerres ne concernent plus seulement les acteurs directement engagés dans les hostilités. Elles produisent des effets qui dépassent largement les frontières du Moyen-Orient.
Une crise aux répercussions planétaires
Ces confrontations régionales ont des conséquences économiques qui se propagent rapidement à l’échelle mondiale. L’instabilité des marchés énergétiques, les tensions sur les approvisionnements en hydrocarbures, les perturbations des transports et les incertitudes financières peuvent peser sur les économies nationales, les entreprises et les ménages.
Les marchés boursiers, la croissance, les prix des carburants et le coût du transport figurent parmi les secteurs susceptibles d’être affectés par cette instabilité.
À mesure que ces effets se font sentir, les populations du monde entier découvrent que les guerres menées à des milliers de kilomètres peuvent bouleverser leur vie quotidienne.
Le citoyen le plus éloigné des champs de bataille n’est plus à l’abri de leurs conséquences : hausse des prix, renchérissement des transports, pression sur les budgets familiaux et ralentissement de l’activité économique.
Dès lors, une question s’impose : combien de temps les peuples du monde devront-ils encore supporter les conséquences de conflits dont ils ne sont ni les initiateurs ni les principaux bénéficiaires ? Tout le monde pointe du doigt Israël comme étant le premier et le principal responsable de la situation de cette crise générale qui ébranle le monde entier.
À mes yeux, cette situation oblige à réexaminer les responsabilités des acteurs régionaux et internationaux dans la succession des crises qui ont marqué le Moyen-Orient depuis la création de l’État d’Israël.
Les guerres d’Irak conduites sous les administrations Bush et les affrontements impliquant l’Iran sous Donald Trump s’inscrivent dans des contextes différents. Mais ils illustrent tous deux les conséquences potentiellement déstabilisatrices des interventions militaires lorsqu’elles ne débouchent pas sur un ordre politique durable.
L’État d’Israël est incontestablement le principal instigateur des conflits en question. Les choix de ses gouvernements, leur politique à l’égard des Palestiniens et leurs stratégies militaires ont joué un rôle central dans plusieurs crises qui secouent le Moyen-Orient.
La question mérite donc d’être posée sans tabou : l’ordre régional actuel peut-il retrouver une stabilité durable tant que la question palestinienne reste sans solution juste et que les droits fondamentaux du peuple palestinien ne sont pas garantis ?
Le crépuscule de l’hégémonie occidentale ?
Un autre développement mérite une attention particulière : l’engagement des États-Unis dans les guerres israéliennes pourrait accentuer les contradictions internes de la puissance américaine et fragiliser sa position internationale.
L’opinion publique américaine n’est plus monolithique sur la question israélo-palestinienne. Les débats sur l’aide militaire à Israël, le coût des engagements extérieurs, le respect du droit international et les conséquences humanitaires de la guerre ont gagné en visibilité.
Cette évolution témoigne d’une remise en question progressive de certains consensus qui ont longtemps dominé la politique américaine au Moyen-Orient.
Elle soulève également une interrogation plus large : jusqu’où les États-Unis peuvent-ils engager leurs ressources, leur crédibilité diplomatique et leur puissance militaire dans des conflits dont les objectifs et les résultats demeurent contestés ?
Le soutien à Israël constitue depuis longtemps un élément important de la politique étrangère américaine. Mais ce soutien ne fait pas disparaître les divergences d’intérêts qui peuvent exister entre les deux pays.
Le soleil d’Orient inquiète
À terme, les conséquences de cette politique pourraient contribuer à affaiblir la crédibilité internationale de Washington et à accélérer les transformations de l’ordre mondial. Les États Unis assistent aujourd’hui en spectateur impuissant à l’émergence d’une superpuissance qui ne cesse d’alimenter ses inquiétudes et motiver ses agissements souvent désordonnés. Il s’agit de la République Populaire de Chine.
L’ensemble du bloc occidental pourrait lui aussi être confronté aux conséquences de ses divisions internes, de ses contradictions diplomatiques et de sa difficulté à concilier ses principes proclamés avec ses choix politiques.
Dans ce contexte, la critique des politiques israéliennes semble progressivement gagner en légitimité dans une partie des sociétés occidentales. Ce qui relevait autrefois, dans certains milieux, d’un sujet particulièrement sensible est devenu l’objet de débats publics plus ouverts. Donc, toute analyse objective ne peut que constater que l’Etat d’Israël constitue en réalité une source d’instabilité permanente non seulement pour le Moyen-Orient mais également pour le monde entier. 
La dénonciation des violations présumées ou établies du droit international commises par les autorités israéliennes ne constitue pas, en elle-même, une hostilité envers les Juifs. Elle relève du débat politique et juridique, à condition de ne pas l’interpréter sciemment comme un préjugé antisémite.
Ce déplacement des lignes du débat public constitue l’un des changements les plus significatifs de la période actuelle.
Conclusion : le monde peut-il continuer ainsi ?
Trois ans après le 7 octobre 2023, le monde demeure confronté aux conséquences humaines, politiques et économiques d’une succession de conflits, inspirés par l’Etat d’Israël, qui ont profondément bouleversé le Moyen-Orient.
La tragédie de Gaza a mis à nu les limites du système international, les contradictions des grandes puissances et les difficultés des institutions multilatérales à faire respecter les principes qu’elles proclament.
Les pressions et les ingérences de l’Etat d’Israël soutenu en permanence par l’administration américaine se dresse devant toute volonté voulant faire bouger les lignes sur cette épineuse question.
Elle a également révélé les divisions du monde arabe et islamique, partagé entre la solidarité exprimée par les populations et les calculs stratégiques de nombreux gouvernements sujets aux pressions occidentales, américaines notamment.
Les agressions contre l’Iran ont, pour leur part, montré que l’instabilité régionale pouvait rapidement devenir une crise mondiale, affectant jusqu’aux populations les plus éloignées des zones de guerre.
Mais la question essentielle demeure celle de l’avenir : peut-on bâtir une paix durable sur la destruction, imposer la sécurité par la seule force militaire et prétendre défendre le droit international tout en l’appliquant de manière sélective ?
Je pense que la question palestinienne ne trouvera pas de solution durable sans la reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien, la fin de l’occupation et l’établissement d’un ordre régional fondé sur le droit, la justice et le respect réciproque des peuples.
« Toufan Al-Aqsa »
Le 7 octobre 2023 ou  Toufan Al-Aqsa restera donc bien davantage qu’une date tragique dans l’histoire contemporaine. Il aura marqué une nouvelle étape dans la crise du Moyen-Orient, mais aussi dans la remise en question de l’ordre international et des rapports de puissance qui le structurent.
Et c’est peut-être là l’une de ses conséquences les plus profondes : les guerres qui prétendent préserver un ordre existant peuvent aussi accélérer sa transformation.