Un ancien haut fonctionnaire, sans appartenance politique écrit: Il faut aller dans cette voie

26 October, 2026 - 09:39

Ancien fonctionnaire aujourd’hui à la retraite, n’ayant appartenu à aucun parti politique, je souhaite partager une réflexion citoyenne sur les difficultés que, de mon de vue, rencontrent les Mauritaniens. Mon expérience du service public m’amène à considérer que l’action de l’État doit s’apprécier avant tout à travers ses effets sur la vie quotidienne.

Malgré certains progrès accomplis, les attentes restent importantes. Le coût de la vie pèse sur les familles, tandis que de nombreux jeunes peinent à trouver un emploi stable. Pour les ménages aux revenus modestes, se nourrir correctement, se loger, se soigner et assurer la scolarité des enfants demeure une préoccupation permanente.

À ces difficultés s’ajoutent les insuffisances des services essentiels : approvisionnement en eau potable, fiabilité de l’électricité, disponibilité des soins et des médicaments, qualité de l’enseignement, assainissement et collecte des déchets, etc. Les disparités entre quartiers, villes et zones rurales renforcent le sentiment d’inégalité. Une infrastructure construite ne répond pleinement à sa vocation que lorsqu’elle fonctionne, qu’elle est entretenue et qu’elle demeure accessible.

Les citoyens attendent également une administration plus diligente, plus équitable et surtout plus accessible. La complexité des démarches, les lenteurs, les difficultés d’accès aux documents d’état-civil et les obstacles rencontrés pour faire valoir ses droits peuvent fragiliser la confiance dans les institutions. La transparence des recrutements, des marchés publics et de l’attribution des aides constitue, à cet égard, une exigence fondamentale.

La cohésion nationale appelle aussi une attention constante. L’égalité de traitement, la lutte contre les discriminations et les séquelles de l’esclavage, la protection des femmes et des enfants ainsi que l’inclusion des personnes handicapées doivent se traduire par des réponses concrètes. Dans les zones rurales et frontalières, les aléas climatiques et la pression sur les services nécessitent un soutien adapté aux populations concernées.

 

Les mêmes causes….

Dans cette perspective, la constitution du prochain gouvernement devra impérativement éviter de reproduire les critères de choix qui, à mes yeux, ont trop souvent limité l’efficacité de l’action publique. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un changement durable exige que la compétence, l’intégrité, l’expérience, le sens du service public et la capacité à obtenir des résultats déterminent le choix des membres du gouvernement. La région, la tribu, l’ethnie, la famille, le nom ou l’appartenance politique ne doivent pas tenir lieu de qualifications ni ouvrir un droit à une fonction publique. Chaque citoyen, quelle que soit son origine, doit pouvoir servir le pays sur la base de son mérite. Cette exigence doit également guider les nominations dans l’administration et les établissements publics.

Face aux attentes des citoyens, plusieurs mesures me paraissent urgentes, avec des actions concrètes pour chacune d’elles :

* Renforcer les aides ciblées aux ménages vulnérables, en remplaçant les transferts monétaires par des projets améliorant directement leurs conditions de vie : branchements sociaux à l’eau et à l’électricité, réhabilitation de logements précaires ou financement accompagné de petites activités génératrices de revenus. Les bénéficiaires doivent être sélectionnés selon des critères transparents de vulnérabilité.

* Améliorer la continuité de l’eau et de l’électricité, par un programme de réparation des réseaux et de maintenance préventive, avec des équipes d’intervention rapide. Dans les localités isolées, des installations solaires alimentant les points d’eau, les écoles et les centres de santé pourraient apporter une réponse adaptée.

* Garantir les médicaments essentiels, en dotant chaque centre de santé d’un stock minimum suivi régulièrement et réapprovisionné avant épuisement. La gratuité ou une prise en charge ciblée pourrait être assurée aux patients les plus démunis, avec un contrôle effectif de la disponibilité des produits.

* Soutenir les apprentissages scolaires, en organisant des séances de rattrapage en lecture, écriture et calcul pour les élèves en difficulté, accompagnées de manuels et de fournitures. Des cantines scolaires dans les zones défavorisées contribueraient également à améliorer l’assiduité et les conditions d’apprentissage.

* Développer des formations et des possibilités d’emploi répondant aux besoins économiques, par des formations pratiques en alternance dans des métiers recherchés : maintenance électrique et solaire, plomberie, bâtiment, froid, transformation alimentaire ou services numériques. Chaque formation devrait être préparée avec des employeurs et déboucher sur un apprentissage rémunéré, un recrutement ou une installation professionnelle accompagnée.

* Accompagner les petites entreprises, par un dispositif associant financement adapté, conseils de gestion et accès à des marchés. Un fonds de garantie pourrait faciliter les prêts, tandis que le règlement rapide des factures publiques préserverait leur trésorerie.

* Soutenir les agriculteurs, en facilitant l’accès aux semences adaptées, à l’irrigation, au matériel partagé et au stockage. Des achats organisés pour les cantines scolaires pourraient offrir des débouchés à la production locale.

* Appuyer les éleveurs, par des campagnes vétérinaires mobiles, la réhabilitation des points d’eau pastoraux et des réserves d’aliments pour le bétail pendant les périodes difficiles, attribuées selon des besoins vérifiés.

* Accompagner les pêcheurs artisanaux, en développant des équipements collectifs de conservation, de fabrication de glace et de commercialisation, ainsi que l’accès au matériel de sécurité. Ces appuis doivent respecter les règles de conservation des ressources halieutiques.

Ces efforts exigent une gestion rigoureuse des ressources publiques. Chaque programme devrait comporter un responsable identifié, un budget, un calendrier et des résultats vérifiables. Les réclamations des usagers doivent recevoir une réponse, et les réalisations annoncées faire l’objet d’un suivi public.

La Mauritanie dispose de ressources et de possibilités de développement considérables. L’attente légitime des citoyens est d’en ressentir les bénéfices dans leur quotidien. À mes yeux, la priorité est donc claire : faire de la qualité du service public, de l’équité et de la dignité du citoyen les critères essentiels de l’action publique.