Laguera : un consensus possible entre la Mauritanie et le Maroc ?

26 October, 2026 - 09:40

Située à l'extrême sud du Sahara occidental, sur la péninsule de Ras Nouadhibou, la localité de Laguera cristallise les inquiétudes de Nouakchott. Alors que Rabat réaffirme sa souveraineté sur ce minuscule territoire, la Mauritanie, qui en assure un contrôle de fait, plaide pour une clarification consensuelle des frontières. Un délicat exercice d'équilibre diplomatique.

Laguera se trouve sur la partie occidentale de la péninsule de Ras Nouadhibou, à seulement une dizaine de kilomètres de Nouadhibou, le poumon économique de la Mauritanie. Ce positionnement géographique stratégique en fait un point névralgique pour les intérêts sécuritaires et commerciaux de Nouakchott.

Sur le plan juridique, la situation est pour le moins ambiguë. Le Maroc considère Laguera comme faisant partie intégrante de ses provinces sahariennes. Cependant, la Mauritanie exerce un contrôle de facto sur la zone depuis son retrait du conflit du Sahara occidental en 1979. Cette situation perdure, bien que Nouakchott ait officiellement renoncé à toute revendication de souveraineté sur le territoire sahraoui.

La controverse a été ravivée fin octobre 2026 par des déclarations officielles. Le porte-parole du gouvernement mauritanien, Mohamed Ould Bebana, a catégoriquement démenti toute revendication territoriale sur Laguera. Il a précisé que les discussions en cours portaient sur un mécanisme visant à clarifier les frontières internationales finales, et non sur une quelconque annexion. « Il ne faut pas interpréter cette démarche comme l'expression de revendications que la Mauritanie n'a pas officiellement formulées », a-t-il insisté.

Derrière la prudence diplomatique de Nouakchott se cachent des préoccupations bien concrètes. Pour la Mauritanie, l'enjeu principal est de préserver le statu quo autour de cette localité stratégique et de s'assurer qu'une future résolution du dossier du Sahara occidental ne crée pas de nouvelles réalités territoriales à ses portes.

La proximité immédiate de Nouadhibou, qui abrite un port de commerce et des installations de pêche vitales, mais aussi le terminal de la SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière), rend toute évolution à Laguera potentiellement déstabilisatrice. L'inquiétude est d'autant plus vive que des projets de développement marocains, impliquant notamment des partenaires émiratis dans le tourisme et l'urbain, ont été évoqués.

Sortir de l’impasse

À cela s'ajoute une dimension politique. Le discours du roi Mohammed VI en octobre 2025, évoquant un « Maroc uni qui s'étend de Tanger à Laguera », a été perçu à Nouakchott comme une référence aux « frontières historiques » potentiellement expansionniste. La demande mauritanienne d'une commission sur les frontières vise donc à traiter la question en amont, avant qu'un éventuel accord politique sur le Sahara ne fige une nouvelle donne territoriale sans que Nouakchott n'ait pu en discuter les termes.

Face à ce blocage, une porte de sortie diplomatique semble se dessiner. La Mauritanie a proposé la création d'une commission chargée de clarifier, de «manière consensuelle », les frontières internationales définitives et permanentes du territoire dont le statut reste à déterminer. Cette proposition, formulée dans le cadre des discussions onusiennes, vise à éviter toute ambiguïté aux conséquences sécuritaires, juridiques ou économiques.

Une telle approche pourrait permettre de sortir de l'impasse en séparant la question du statut final du Sahara occidental de celle de la délimitation précise de la frontière entre la Mauritanie et le Maroc. Une solution de consensus pourrait s'articuler autour de plusieurs garanties mutuelles :

Pour la Mauritanie : obtenir une reconnaissance formelle et définitive de sa frontière nord, sécurisant ainsi les abords de Nouadhibou. En échange, Nouakchott maintiendrait sa position de neutralité positive dans le dossier du Sahara et ne formulerait aucune revendication sur Laguera.

Pour le Maroc : voir sa souveraineté sur Laguera réaffirmée, tout en concédant un cadre de discussion sur les modalités de sécurisation et de développement de la zone qui prenne en compte les intérêts vitaux mauritaniens.

Cette issue dépendra de la capacité des deux pays à transformer une source de tension en un espace de coopération. La balle est désormais dans le camp des négociations onusiennes, où la recherche d'un compromis sur les frontières pourrait bien être la clé d'une stabilisation durable du flanc atlantique du Sahara.

 

                                                                  Seyid Mohamed Beibakar

                                                                     Colonel à la retraite