
Atar,
Je t’écris comme on écrit à une personne aimée.
Non pas pour te raconter ce que tu sais déjà, mais pour te dire ce que je n’ai jamais su formuler.
Il m’a fallu partir pour comprendre à quel point tu vivais en moi.
Je croyais t’avoir quittée, emporté par le mouvement naturel de la vie, par les études, les responsabilités, les ambitions. Je pensais que grandir signifiait s’éloigner. Mais je découvre, avec les années, que l’on ne s’éloigne jamais vraiment de l’endroit qui nous a façonnés.
Tu étais ma première école.
Je me souviens de tes matins calmes, de cette lumière douce qui glissait sur les murs et réveillait le désert sans brusquerie. Je me souviens du sable sous mes pas d’enfant, de l’odeur des palmiers après la chaleur, des voix familières qui s’appelaient avec une simplicité rassurante.
À l’époque, je ne savais pas que ces choses ordinaires étaient précieuses.
Je ne savais pas que tes silences m’apprenaient la patience.
Je ne savais pas que ton immensité m’enseignait l’humilité.
Je ne savais pas que tes nuits étoilées gravaient en moi un sentiment d’infini.
Sous ton ciel, j’ai rêvé sans limite.
Sous ton soleil, j’ai appris à tenir debout.
Tu m’as appris la valeur du respect, sans discours solennels. La dignité, sans ostentation. La solidarité, sans calcul. Les anciens parlaient peu, mais leur regard suffisait. Les gestes valaient plus que les promesses.
Aujourd’hui, lorsque le monde devient bruyant, lorsque les décisions pèsent lourd, je ferme parfois les yeux et je reviens vers toi. Je marche dans tes ruelles. Je m’assois dans ton silence. Je retrouve l’enfant que j’étais — celui qui croyait que tout était encore possible.
Tu es restée simple, et c’est peut-être cela ta grandeur.
Tu n’as jamais cherché à impressionner. Tu as simplement été toi-même — solide, discrète, lumineuse. Et c’est dans cette simplicité que j’ai trouvé mes racines.
On me demande parfois d’où je tire ma force tranquille.
Je ne réponds pas toujours.
Mais je sais.
Elle vient de toi.
Tu n’es pas seulement un souvenir. Tu es une présence. Une boussole intérieure. Une part de moi que le temps n’efface pas.
Merci de m’avoir donné des racines assez profondes pour affronter les vents, et un horizon assez large pour oser avancer.
Où que je sois,
je reste ton enfant.
Abidine Cheikhou Beyrouck
Ex-Cadre Supérieur RH




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