
Une initiative mérite aujourd’hui une attention particulière en Mauritanie : celle des anciennes autorités administratives qui commencent à s’organiser dans un cadre commun, avec l’ambition de rompre l’isolement, de sortir de l’oubli et de porter leur cause auprès des pouvoirs publics et de l’opinion nationale.
Les ex-walis, walis mouçaid, directeurs de cabinet, conseillers, hakems, hakems adjoints et chefs d’arrondissement, ces femmes et ces hommes ont consacré de longues années au service de l’État et de la République. Dans les villes, les moughataas et les centres administratifs, ils ont représenté l’autorité publique, appliqué les lois, assuré le maintien de l’ordre et contribué à rapprocher l’administration des citoyens, souvent dans des conditions difficiles et avec des moyens limités.
Pourtant, au terme de leur carrière, beaucoup se trouvent confrontés à une réalité préoccupante : insuffisance des pensions, coût élevé des soins, charges familiales et difficultés matérielles. À ces contraintes s’ajoute parfois un sentiment douloureux de marginalisation, comme si la fin des fonctions devait nécessairement entraîner l’effacement social et la perte de toute considération institutionnelle.
C’est précisément pour répondre à cette situation que l’organisation collective des anciennes autorités administratives revêt une importance particulière. Elle traduit une volonté de transformer des préoccupations individuelles en une cause commune, défendue avec responsabilité, dignité et esprit de dialogue.
L’objectif n’est pas de réclamer des privilèges ni de contester les institutions. Il s’agit de faire reconnaître les services rendus à la Nation et d’obtenir une meilleure prise en compte des difficultés rencontrées par ceux qui ont consacré une partie importante de leur vie professionnelle au service public.
Cette démarche pourrait s’articuler autour de priorités concrètes : la revalorisation des pensions, l’amélioration de la couverture sanitaire, la mise en place de mécanismes de solidarité en faveur des retraités les plus vulnérables et la reconnaissance institutionnelle de leur contribution à la construction de l’État mauritanien.
Elle devrait également permettre de préserver la mémoire administrative nationale et de valoriser l’expérience de ces anciens responsables, dont les connaissances du territoire, des populations et du fonctionnement des institutions constituent un patrimoine précieux.
Pour réussir, cette initiative devra s’appuyer sur la cohésion, la transparence, une organisation structurée et un plaidoyer national fondé sur des données objectives et des propositions réalistes. Le dialogue avec les pouvoirs publics, les élus et les acteurs de la société civile sera essentiel pour faire progresser cette cause.
Au-delà de la situation d’une catégorie de retraités, cette question interpelle notre conception du service public. Un État qui attend de ses agents dévouement, loyauté et sens du devoir doit également se préoccuper de leurs conditions de vie après la cessation de leurs fonctions.
En choisissant de s’organiser, les anciennes autorités administratives de Mauritanie font le pari de la solidarité et de l’action collective. Leur ambition est simple et légitime : faire entendre leur voix, défendre leur dignité et obtenir que les années consacrées au service de l’État soient reconnues à leur juste valeur.
Car une République digne de ce nom doit savoir se souvenir de ceux qui l’ont servie et leur garantir, au terme de leur mission, une retraite plus juste et plus humaine.
Cheikh Tijani Balla Cherif
Administrateur Civil à la retraite




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