Alerte Mauritanie : Recel et blanchiment d’esclavage, en cours

11 November, 2021 - 07:35

1.Aïn Varba est une localité de la région du Hodh occidental, à environ 800 au sud-est de Nouakchott, la capitale. Le chef-lieu est Aïoun. L’endroit s’est fait connaitre par des violations de la dignité de la personnequand,en 2011, Ira-Mauritanie (Ira-M) y découvrait des pratiques d’esclavage domestique et selon ascendance, avec des ramifications dans d’autres villes. A l’époque, les militants de l’organisation furentcopieusement torturés, sur place,sous les ordresdu commandant de la brigade de gendarmerie.

2. 10 ans après, un dignitaire de Aïn Varba, le sieur Cheikhna Ould Chehlawi, y a hérité de servants et de servantes, issus de rapts perpétrés, du vivant de son père,contre des noirs, natifs du périmètrealentour.

3. A la suited’une pré-enquête vigilante, une mission que conduisent Abdallahi Abou Diop, responsable de la commission de défense des droits humainset LaghdafOuldNeemeu membre du Comité de paix quittait Nouakchott, le 6 novembre, en direction du lieu-dit. Ils bénéficierontde l’appui des bureaux locaux de l’association, à Tintane et Aïoun, avant d’approcher la victime, Mariem Mint Cheibani. En compagnie de cette dernière, la délégation se rend, à AïnVarba,deux jours après, afinde déposer plainte, auprès de la gendarmerie. Le commandant de brigadea tergiversé et traîné avant d’accepter de recevoir la déposition de la plaignante et d’enregistrer sa requête. La gendarme procéda, alors, à une investigation hâtive puis décida le déferrement du dossier, le 10 novembre courant, devant le Procureur du tribunal compétent, à Aïoun.

4.Le magistrat en question, Mohamed AbdallahiOuldAhmedou écouta les parties présentes,en l’occurrence le présumé fauteur CheikhnaOuldChehlawi, la victime Mariem Mint Cheibani et ses deux rejetons. La cadette Salka, encore mineure selon une vidéo fameuse qui circule sur internet, a été donnée en guise de cadeau de mariage, par CheikhnaOuldChehlawi, à sa propre fille Selemhe;la  mère de Salka confirma les faits et griefs, y compris face au parquet. Depuis des années, la dame, bénéficiaire du présent humain, fait travailler l’enfant, chez elle, à Nouakchott.

5.Or, leProcureur de la république,en vertu des réflexes habituels qui consistentà octroyer l’impunité aux groupes dominants, fit ramener la petite Salka, de Nouakchott à Aïoun mais ignora sa maîtresse, Selma Mint Chehlawi. Pire, il entérina les allégations mensongères selon lesquelles l’ainée des deux esclaves - de son prénom Cheikhna, suivant le vœudu maître-serait majeure, ce qui expliquerait sa présence au service de ce dernier. Il importede noter, ici, que les filles et leur maman ne possèdent aucune pièce d’état civil ; cependant, la mère aurait été enrôlée mais ne jouirait de ses papiers d’identitéque par la volonté de son bourreau : elle en userait les jours de scrutin ou lors du retrait des vivres, au titre de la prévention des risques de famine. Bien entendu, CheikhnaOuldChehlawiveille à récupérer le fruit puisque Mariem Mint Cheibani lui appartient.

6.En effet, faisant fi de toutes les lois incriminant l’esclavage en Mauritanie, il continue d’assujettir les femmes et hommes, de couches vulnérables, en les faisant travailler sans rémunération ; il en offre l’usage, plus ou moins occasionnel, à sa progéniture. Le notable CheikhnaOuldChehlawi possède plusieurs serviteurs et les exhibe, fièrement au tribunal, pour qu’ils témoignent en sa faveur et le protègent des rigueurs de l’égalité et de la citoyenneté.

7.Pour Ira-M, l’esclavage demeure répandu dans les quartiers chics et résidentiels de la capitale, en particulier la commune deTevraghZeina. Il s’étend à la quasi-totalité des centres urbains ; d’ailleurs, si la matrice de l’infériorité de naissanceremonte auxvillages et campements nomades, elle s’enracine, de manière moins visible, à l’intérieur des villes où, pourtant, le pouvoir d’Etat s’exerce davantage.  Paradoxe quotidien, la progéniture des familles de nobles perpétue la relation verticale.Cadres et hauts fonctionnaires y recourent toujours, malgré la proximité du noyau de l’Etat. Il est erroné de penser que l’esclavage n’existe plus que dans les zones enclavées de la Mauritanie.

8.De nombreuses mères s’abstiennentde lever le secret du père, car la femme en situation de captivité subit les viols de ses propriétaires, même mariée. Les responsables de tels actes d’ignominie s’en justifient au nom de livres du code noir, les fameux recueils de la Charia locale où l’on enseigne et vulgarise le traitement du bétail humain.

9.Comme il y a 10 ans, le tribunal argue, aujourd’hui, que IRA-M n’est pas une organisation reconnue ; en conséquence, elle ne saurait ester en justice ni accompagner et encadrer la plaignante. Ainsi, le magistratévite de convoquer SelemheMint Chehlaouimais n’hésite à rapatrier l’enfant abusée, Salka.

10.IRA – Mpressent, là, une menace d’occultation d’un cas flagrant d’exploitationde l’homme par l’homme. En dépit de l’alternance de 2019, la justice de casterésiste à la normalisation et porte entrave aux changements et réformes attendus et ô combien différés.

Selon les dernières informations, le Procureur d’Aïounrenvoie, l’affaire, à la brigade de gendarmerie, certainement aux fins de ficeler le « meilleur » prétexte visant à dissimuler–une fois de plus- un crime avéré que ses auteurs assument avec fierté et arrogance.

 

Initiative de Résurgence Abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)

Nouakchott, le 10 novembre 2021