La démocratie imposée/Mohamed Ahmed Cheikh -ingénieur de pêche

12 July, 2023 - 10:43

Le terme démocratie vient du grec démokratia : démos, le peuple et kratia, la force, le pouvoir. Instauré après un long processus de transformations économiques, sociales et politiques, ce système politique fondant les valeurs actuelles de l'Occident a abouti au renforcement des institutions, à l'ancrage de la citoyenneté, à la primauté et à l'indépendance de la justice. Mais il a pris de nos jours une nouvelle tournure sous la mainmise des lobbys financiers. Ils investissent dans les élections afin de vassaliser à ce point les élus que voilà ceux-ci à prendre des décisions souvent impopulaires, à l’instar des déclarations de guerre, mais invariablement profitables à leurs maîtres. Ainsi tombent en désuétude les vertus de la démocratie... Là où celle-ci paraît de rigueur, pullulent les sans domicile fixe, les plus criantes disparités, la pédophilie en certaines églises, les fusillades dans les écoles et autres mariages entre gens de même sexe...

Il faut se rendre à l’évidence. L’imposition des valeurs démocratiques occidentales au Sud, au détriment des vertus locales, a eu des conséquences désastreuses en nombre de pays aujourd’hui secoués par la violence, l'instabilité et les conflits armés menaçant leur existence. Certains de ceux-là, comme le Soudan ou l'Irak, sont déjà divisés, d'autres sur le point de l'être. Notre sous-région est notamment plongée dans un fiasco politique et une débâcle économique et sociale sans précédent. Partout où règne instabilité politique, le diable de la démocratie versus occidental en est l'instigateur.

Malgré cela, nos pays doivent se conformer aux valeurs de celle-ci, quelque soit leur degré d'incompatibilité avec nos principes culturels acquis et appliqués au fil des siècles. Ainsi la démocratie imposée s’acharne-t-elle à briser la cohésion sociale et à peser sur nos faibles économies mobilisées tous les cinq ans pour financer des élections qui ne changent strictement rien à la configuration politique et encore moins le paradigme de gestion. Les résultats sont plombés devant le changement ou l'alternance au pouvoir, le jeu est conçu pourqu’ils soient toujours en faveur des dirigeants en place. « Seuls les cons perdent les élections », disent certains de ceux-ci, considérant avec vanité que toute perte électorale est une humiliation.

 

 

Comble du ridicule

 

L'alternance au pouvoir par les urnes ainsi bloquée, les coups d'État « démocratiques » apparaissent en seule solution pour l’assurer. Démocratiques, ils le sont dans la mesure où tous les putschistes affichent toujours un même slogan : lancement d’un processus démocratique et organisation d’élections libres et transparentes. Mais, une fois élus, ils verrouillent à leur tour toute possibilité d'alternance au pouvoir, avant qu’un nouveau coup d'État ne vienne les balayer…L'alternance entre processus démocratique et coup d'État démocratique est devenue récurrente. Avec, cerises amères sur le gâteau, les multiples dégâts enregistrés pendant les campagnes électorales et plus encore au moment de la proclamation des résultats.

Force est de constater, de surcroît, que les valeurs démocratiques occidentales constituent une arme contre tout ce qui est sacré pour la Communauté musulmane. Irritant autant que faire se peut celle-ci, les pays démocratiques rivalisent dans les pratiques les plus choquantes sous le fallacieux prétexte du respect de la liberté individuelle : Londres autorisant la publication des versets sataniques de Salman Rushdie, Paris s’y répétant avec les caricatures du prophète Mohamed (PBL), Copenhague avec la destruction du Saint Coran et Stockholm l'horreur de le brûler publiquement, le jour même de l’AïdKébir, cette fête hautement symbolique clôturant le Pèlerinage, cinquième pilier de l’islam dont plus de deux millions de musulmans parviennent chaque année à accomplir le rite.

Du moment où tous ces abus s'exercent en plein respect de ses valeurs de démocratie et de liberté, voilà l’Occident dans son ensemble solidairement responsable de l'humiliation continue du monde musulman. Comble du ridicule, de la honte et du mépris ! Ces « valeurs » qui mènent l'humanité vers l'impureté et le désastre doivent être rejetées en bloc : elles nuisent aux pays du Sud qui seront bientôt dans l'obligation d'adopter l'homosexualité et la transidentité pour rester en mesure de coopérer avec leurs homologues occidentaux.

De difficiles choix s’imposent. Les pays du Sud doivent changer de cap et opter pour l'instauration de régimes nationalistes autoritaires, capables de renforcer la cohésion sociale, développer l'esprit de citoyenneté et l'amour de la patrie brisés par les intempéries – intempérances… – d’une démocratie imposée par la sauvage hégémonie occidentale et si peu soucieuse de l’opinion de leurs peuples. De nos jours, des pays n'ayant jamais connu cette démocratie rivalisent en termes de puissance et de développement avec leurs homologues auto-déclarés les plus avancés en celle-là. Dans le cas des pays de la sous-région, elle n'aura plutôt servi qu’à asservir et appauvrir... Il est grand temps d’ouvrir les yeux et rendre à nos peuples leur identité qui fait leur identité et leur force.